mardi 12 juin 2018

LE POUVOIR DES MOTS



  

It takes an uncommon kind of mind to see the significance of the obvious

Alfred North Whitehead
Philosophe des sciences
Mathématicien
Logicien



Les mots servent à communiquer n’est-ce pas ?
Oui, mais pas seulement. Il y a tant à dire. Cependant, on ne procédera pas ici à une analyse extensive du mot « mot » ni à l’inévitable dérive linguistique de toute langue qui fait que le sens d’un mot change parfois subtilement, puisque le monde lui ne cesse de changer et que faute d’un mot neuf immédiatement inventé pour décrire la nouveauté, les mots existants doivent parfois se charger d’un surplus de sens pour représenter cette nouvelle chose, que ce soit une pratique émergente comme les safe space dans les universités américaines, un nouvel appareil de réalité virtuelle comme l’oculus ou une vision originale du monde comme celle qui veut élargir aux grands singes les droits de l’homme[1]. Tout cela finit par accroître la polysémie de nombreux mots, en fait de presque tous les mots, porte ouverte à toutes les ambiguïtés. Ce mouvement-là est naturel et obéit à des lois si précises qu’elles ressemblent presque à celles de la physique des corps radioactifs.
Ce qui nous importe plutôt ici, c’est de montrer que les mots servent aussi et surtout à dominer. Cette réalité n’est pas neuve, elle existe depuis l’invention du langage argumentatif, elle est au cœur de la rhétorique, de la propagande et aussi de l’amour. C’est avec des gestes et des mots que la mère et le père confortent et encouragent leur enfant à grandir, à s’affirmer, à avoir confiance en lui. C’est avec des mots qu’il est accueilli dans la société, à l’école, c’est avec des mots qu’il interagira avec ses camarades, qu’il se fera des amis et qu’il deviendra par la suite citoyen.
Les mots nous sauvent, nous enchantent, mais ils peuvent aussi nous heurter si profondément que la blessure demeure une plaie ouverte jusqu’à la mort, car si les émotions existent indépendamment des mots, elles s’expriment aussi au travers de ceux-ci et l’effet de ces mots est à la hauteur de la violence du ressenti.
Le pouvoir des mots est immense. Qui n’a pas connu ce moment unique, où la parole de l’autre l’a ébranlé dans ses certitudes ou ses croyances, l’a forcé à reconsidérer d’un œil différent le monde autour de lui ?
Il n’existe aucune force plus puissante que les mots dans l’histoire humaine. Qui n’a pas en tête ces mots impérissables « I have a dream » du pasteur Martin Luther King jr prononcés le 28 août 1963 et qui aboutirent à l’abolition de la ségrégation raciale aux États-Unis ? Qui ne se rappelle ces 95 thèses que Martin Luther cloua sur la porte de l’église du château de Wittenberg le 31 octobre 1517, lançant par ce geste la réforme protestante qui entraîna les guerres de religion et le schisme de la chrétienté ?
Le pouvoir des mots dépend en grande part de l’éloquence de l’orateur, ou du style de ses écrits. Un discours sans amplitude, un texte morne, une voix fluette, ne produiront aucun résultat, ne soulèveront aucun enthousiasme, n’auront aucun effet, même si le discours est remarquablement cohérent et pertinent. Le discours a besoin d’autre chose pour être audible et cette chose, c’est sa capacité à bouleverser les gens, à ravir les âmes, à capturer l’assentiment de tous. Ça s’appelle le charisme et ça carbure à l’émotion, et même si l’intelligence des propos est forte, ce qui emporte vraiment l’adhésion, ce sera surtout l’émotion suscitée. Démosthène combattit ses difficultés d’élocution en s’entraînant à parler avec force avec des cailloux dans la bouche sur la plage face au bruit des vagues ; il fut l’un des plus grands orateurs d’Athènes et un homme d’État de premier plan. Hitler hypnotisa littéralement les foules allemandes, par ses discours enflammés et par l’orchestration d’un mysticisme pangermanique ; face à lui, Churchill devint l’âme de la résistance britannique, ses discours puissants promettant le sang et les larmes, galvanisèrent ses compatriotes jusqu’à la victoire contre le nazisme.

Sésame obligé vers le pouvoir doctrinaire et politique, les mots assignent le bien et le mal

C’est un fait, hors les gestes élémentaires de la vie quotidienne allant de soi, quelle que soit l’activité humaine, celle-ci demeure inintelligible tant que les mots ne l’ont pas définie, que ce soit par la voix, l’écrit ou les gestes signés.

Cependant, même éloquents, les mots ne servent pas qu’à communiquer, à transmettre une information factuelle ou à ravir l’âme de celui qui écoute. Ils ont ceci de particulier, en Occident du moins, d’être la porte obligée vers le pouvoir politique. Celui-ci évidemment repose sur bien autre chose que la maîtrise de la parole, et les détenteurs du vrai pouvoir agissent sans nécessairement devoir gesticuler sur la scène politique. Il n’en reste pas moins qu’en démocratie libérale, l’apparence du pouvoir citoyen demeure le politique et il est impossible de se faire élire à un poste quelconque sans faire un discours à une assemblée de votants pour les convaincre. Impossible également d’exercer une influence politique ou idéologique visible sans recourir à la parole ou à la plume[2]. Ces discours et ces écrits cherchent évidemment à convaincre, à décrire un meilleur avenir, à faire accepter comme normales et allant de soi des choses qui ne le sont pas nécessairement. Pour cela leurs auteurs doivent se présenter comme les garants du vrai et du bien. Mais qui définit le vrai et le bien ? Le temps n’est pas si loin où cette tâche appartenait presque entièrement aux gens d’Église, c’est depuis quelques générations, le mandat que se sont attribué les intellectuels et le résultat n’est pas nécessairement meilleur selon Noam Chomsky (Comprendre le pouvoir, p. 161.) « Si par le terme “intellectuel” on désigne les gens qui utilisent leur cerveau, alors ils sont partout dans la société. Si par “intellectuel”, on veut dire les gens d’une classe particulière dont le métier est d’imposer des idées, d’inventer des idées pour ceux qui occupent le pouvoir, de dire à tout le monde ce qu’il faut croire, et ainsi de suite, alors oui, c’est différent. Ces gens-là sont appelés “intellectuels”, mais il s’agit en réalité plutôt d’une sorte de prêtrise séculière, dont la tâche est de soutenir les vérités doctrinales de la société. Et sous cet angle-là, la population doit être contre les intellectuels, je pense que c’est une réaction saine. » Il n’y a presque jamais eu un seul camp du bien et du vrai sur quelque scène politique que ce soit sauf peut-être au temps des cathédrales. Depuis la Révolution française, une sorte de bipolarité fondamentale définit le champ politique sous les vocables généraux de gauche et droite, la tradition démocratique reposant sur le débat argumenté entre deux visions supposément contradictoires. Selon les lieux et les époques, ces polarités opposées invoquent la raison ou la foi, le progressisme ou le conservatisme, le nationalisme ou l’internationalisme, le capitalisme ou le socialisme, la laïcité ou la prépondérance religieuse. Évidemment les deux camps se réclament de la vertu et chacun fourbit ses armes intellectuelles et idéologiques pour prouver que lui seul représente le bien et le vrai face au mal et au mensonge.

Le mécanisme de manipulation des mots, du détournement de sens à l’inversion de sens

En science, le mot n’a pas préséance sur le réel, car la nature a pour habitude de réserver des surprises et de contredire souvent ce qu’on dit d’elle, aussi le chercheur se doit d’être prudent dans ce qu’il affirme, de vérifier dix fois avant de prétendre dire le vrai sur le réel. S’il se trompe, le chercheur en paiera le prix en voyant sa théorie contestée, rejetée ou amendée. Il n’en va pas de même dans les rapports humains[3] et encore moins chez les acteurs politiques et chez tous ceux qui ont pour mandat ou occupation de codifier les diverses visions du monde en systèmes cohérents, pour faire sens de tout, notamment de la vie en société. Les mots servent alors souvent à décrire un réel sommé de s’accorder avec les idéologies dominantes ou aspirant à le devenir. Souvent, il faut rendre la réalité moins rébarbative : à titre d’exemple, les forces américaines, obligées de tenir compte de la sensibilité de l’opinion publique de leur pays ainsi que celle du reste du monde, inventent le terme « dommages collatéraux » pour faire état de morts de civils non ciblés mais ayant le malheur d’être là lors de bombardements dans des zones densément peuplées, notamment les villes. Le terme, dommages collatéraux, a un aspect clinique, un dommage s’applique habituellement aux équipements ou habitations, jamais aux humains, ce mot vise à occulter la vision de femmes, d’enfants et d’hommes innocents, mutilés, agonisants. C’est le procédé de l’euphémisation. Sans aller jusqu’à cet extrême, nous euphémisons continuellement dans nos rapports humains avec nos proches où dans les relations de travail. Ainsi, on ne dira pas directement de quelqu’un que son comportement est ridicule, on préférera par politesse le qualifier d’excentrique, mot plus chic, plus poli. L’entreprise qui se débarrasse d’un employé dira qu’il a été remercié, pour éviter de dire congédier. Tout le monde comprend, mais on évite les gros mots désagréables. Il en va autrement lorsque les faits contredisent violemment les images d’Épinal de l’idéologie dominante, comme lors des milliers d’agressions sexuelles et de viols le soir du nouvel an 2016 à Cologne et dans onze autres grandes villes allemandes, commis par des réfugiés musulmans, lesquels ne pouvaient être par définition que d’innocentes victimes en urgence absolue de protection. Ce type de scandale était pour la gauche insupportable, elle qui a fait des réfugiés un de ses chevaux de bataille, alors on exige des media traditionnels le silence, on fait pression sur la police, en expliquant que cela donnera du grain à moudre aux réactionnaires racistes. Lorsqu’il devient impossible de nier les agissements condamnables du fait de l’omniprésence des caméras et de l’instantanéité des media sociaux, alors on a recours à une narration qui transforme le crime en simple égarement dénué de toute intention criminelle, tels les propos de Thierry Pech[4], le directeur général du think tank de centre gauche Terra Nova, déclarant « Ne jugeons pas trop hâtivement ce qui s’est passé à Cologne. Les jeunes migrants viennent de pays où ils n’ont pas accès à la sexualité ». À l’autre extrême, la réalité est tout aussi malléable; rappelons qu’au temps de Georges. W. Bush, les néocons[5], imbus du sentiment d’invulnérabilité de l’hyperpuissance américaine, avaient poussé l’hubris jusqu’à déclarer que « la réalité était ce qu’ils décidaient qu’elle serait ! »
Toute personne dotée d’un minimum de sens critique fera automatiquement la part des choses, reconnaissant une bonne dose de cynisme à l’un et l’autre camp dans son maniement des faits. Aujourd’hui, les fake news et les théories complotistes fleurissent tant chez la nouvelle droite que chez la gauchosphère islamophile. Ce qui est toutefois spécifique à cette dernière, c’est qu’en gros depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, le monde intellectuel en Occident fut largement dominé par l’idée de justice universelle, de défense des écrasés, tandis que la droite était perçue comme défendant le statu quo à l’avantage des possédants. C’est pourquoi la gauche, souvent nostalgique du marxisme culturel, se dépeint comme l’unique force morale incarnant le bien, le juste et le vrai, dispensant au travers de ses prononcements la doxa universelle. François Mauriac s’étonnait en 1967 du sacerdoce que s’attribuent ces penseurs qui, disait-il, « … revendiquent le droit d’enfler la voix au nom de la conscience humaine comme s’ils en étaient l’incarnation … » (Mémoires politiques, Grasset 1967). Or ce qui est extraordinaire, c’est que la gauche qui militait auparavant pour l’universalisation des droits, pour la défense de tout ce qui est commun à l’homme, revendique aujourd’hui pour l’éventail des diversités, la racialisation positive des ethnies, la création de droits différents pour celles-ci ainsi que l’inviolabilité de leurs cultures et des valeurs qui y sont attachées. Tout ceci mène droit à la célébration des communautarismes, autrement dit à la fin de l’universalité en tant que récit et pire à la remise en question de la notion de raison qui lui sert de fondement. On le voit avec l’assaut féroce contre le mot « laïcité » lorsqu’on lui accole le qualificatif « ouverte » pour annihiler son sens originel et introduire le religieux au cœur de l’école, ou lorsqu’on prétend répondre aux aspirations féminines en réclamant des tribunaux islamiques de la famille, autrement dit une justice différente pour certains, ou encore lorsqu’on invoque le « vivre-ensemble » pour mieux instaurer le vivre-séparé des communautarismes. Et que dire du mot "populisme", la philosophe Chantal Delsol[1] recommande de toujours garder les guillemets pour ce mot, car c'est dit-elle un adjectif par lequel on injurie ses adversaires, ce n'est plus un substantif qui aurait une signification objective. Aucun gouvernement ne se dit "populiste", seuls ses adversaires le nomment ainsi. À la limite le mot renseigne davantage sur celui qui le prononce que sur celui qui l'endosse. 
L’absence de mots, on l’a vu, devient elle-même significative quand pas une seule fois durant les cinq années de sa présidence, François Hollande n’a prononcé le mot « islam radical ». Il fallait une sacrée dose de détermination au vu des attentats meurtriers qui firent des centaines de victimes à Nice et à Paris. Comme si ne pas nommer les choses permettait d’esquiver le réel. Peut-être ce Président pratiquait-il une forme d’incantation magique, un acte performatif à rebours ?
Cette entreprise de perversion et d’inversion de sens au moyen d’une manipulation langagière digne des officines soviétiques, fut magistralement décrite par Georges Orwell dans son célèbre livre 1984. La guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage. Aujourd’hui il aurait écrit : la religion, c’est le progrès ; le voile, c’est le féminisme ! Georges Orwell aurait reconnu que nous sommes maintenant en guerre contre le troisième totalitarisme de l’époque contemporaine, l’islam politique et son idiot utile, le multiculturalisme béat; en guerre au sens où Victor Hugo disait que « la guerre, c’est la guerre des hommes, la paix, c’est la guerre des idées ». Hélas cette guerre des idées est mal engagée parce qu’une immense armée d’intellectuels et de faiseurs d’opinions qui avaient placé leur foi et leur espérance dans l’utopie marxiste se sont retrouvés orphelins de leur rêve de justice universelle avec l’écroulement de l’URSS. Orphelins, mais la haine toujours chevillée au cœur contre cette société libérale qui a refusé de s’écrouler et dès lors toujours actifs dans leur désir de formater les esprits dans les collèges et universités, dans l’attente des lendemains qui chantent.
Il n’y a rien d’illégitime à détester ce monde, mais ce qui est intolérable, c’est lorsque ce sentiment se conjugue avec la mauvaise foi. Rappelons simplement le mot, apocryphe ou pas, de Sartre, soucieux de ne pas révéler à la classe ouvrière les monstrueuses turpitudes de l’URSS « Il ne faut pas désespérer Billancourt ». Cette fois-ci c’est plutôt, tant en France qu’ici au Québec, la volonté, de faire de quatre victimes fétiches[6] unissant leurs récriminations, le nouvel acteur composite convoqué par l’histoire pour remplacer la classe ouvrière dans le rôle que celle-ci a refusé de jouer : transformer radicalement la société. De bric et de broc, ces groupes se constituent en une formidable mouvance diversitaire, décriant comme rance et fasciste la quête identitaire des peuples dont le Québécois, mais valorisant à l’extrême celle des multiples diversités, usant et abusant des accusations de fascisme à l’encontre des Québécois qui veulent persister dans leur être historique. Mise en cause de la légitimité d’un peuple au nom d’une internationale virtuelle ayant décrété que tout nationalisme est nécessairement raciste et belliqueux[7]. Fallait-il tomber si bas dans l’ignominie pour qu’un philosophe célèbre, Charles Taylor, use du mot « poutinesque » pour qualifier la charte des valeurs ? Qui eût cru que cet intellectuel influent ait pu recourir sans état d’âme au sophisme du « reductio ad hitlerum » ?

La guerre des idées fait rage

Oui, nous sommes en guerre, une guerre des idées, une guerre pour redonner aux mots leur vrai sens, car malheureusement beaucoup de gens à la lecture des journaux, à l’écoute de la radio et télévision, plongés dans le tempo frénétique des médias sociaux, ont du mal à décoder tous ces discours. Certains journaux comme Le Monde en France ont une rubrique appelée décodex pour aider les gens à discerner une véritable information des fake news. Or ce qui est ironique, c’est que ce journal, autrefois présenté comme le journal de référence, manipule magistralement l’information pour ne pas décrire un réel qu’il juge attentatoire à ses convictions soi-disant progressistes. Un exemple, la crèche Baby-Loup qui avait congédié une employée qui avait décidé de travailler voilée en violation des règlements intérieurs. Poursuivie, la crèche avait été exonérée de toute faute par la plus haute juridiction française, la cour de cassation en assemblée plénière. La plaignante avait alors poursuivi la crèche auprès du comité des droits de l’homme de l’ONU. Ce comité avait conclu à la culpabilité de la France. Le 25 août 2018, le Monde publie alors triomphalement que la « La France est reconnue coupable de violation de la liberté de manifester sa religion et discrimination envers les femmes musulmanes ». Or c’est faux. Comme le souligne l’avocat de la crèche Richard Malka « Non, la France n’a pas été condamnée. Seule une juridiction peut ‘condamner’ et ce comité des droits de l’homme n’en est pas une.  A la suite de l’article de L’Obs, l’AFP m’a logiquement appelé, je lui ai fait une déclaration pour expliquer que c’était un non-évènement et que cette déclaration n’avait aucune valeur contraignante, et Le Monde a repris la dépêche mais sans ma réaction. De cette façon, on fait croire au public qu’il y a une réalité qui n’en est pas une. » Autre exemple plus insidieux, deux mots véhiculent dans ce journal phare de la bienpensance un immense refoulé : Islam et Israël. Pour le premier, un interdit de critique, impose une chape de plomb sur tous les débats, même et surtout face aux déferlantes de la violence islamiste. Peu importe les fleuves de sang, puisqu’il faut envers et contre tout affirmer que cette religion ne parle que de paix et d’amour, car décrire le réel tel qu’il est, reviendrait à valider le camp du mal et ouvrir la boite de Pandore. Lorsque les mots sont dits en catimini comme le fit François Hollande dans ses confidences aux journalistes[8], les effets sont catastrophiques, tant la distance est grande entre le discours officiel et la perception honnête de la réalité. Pour le deuxième, Israël, les journaux bien-pensants comme Le Monde estiment qu’il ne peut être jugé à l’aune des règles applicables aux autres États. Fascinant rapport antagonique, étrange asymétrie, le réel est devenu fantomatique. Il importe peu que l’on soit d’accord ou pas avec Israël, qu’on le critique ou qu’on l’encense, mais le refus de considérer les faits au profit d’idées préconçues est flagrant. On parlera des malheurs de Gaza, mais jamais dans les mêmes termes de ceux du Tibet, de la Crimée, du Sahara occidental, de Chypre, de la Papouasie ou du Yémen. Le nombre de morts qui partout est un critère du degré d’horreur de tout conflit, change de sens lorsqu’il s’agit d’Israël, un seul mort de son fait prend alors une dimension d’exemplarité et surpasse en signification, cent mille morts, voir un million de morts comme au Darfour. Pourquoi ? Parce qu’ici les mots ont assigné à ce pays le statut d’incarnation du mal. Ce n’est jamais dit en ces termes évidemment, mais le résultat est le même. N’est-ce pas là un cas patent d’hypocrisie de ces médias célébrés ; ils publient un décodex mais imposent un radical détournement de sens, une interprétation des faits sans grand rapport avec le réel. Ce procédé est efficace, il permet de réécrire l’Histoire.
Sommes-nous mieux lotis ici au Québec avec des journaux comme Le Devoir ou La Presse ? Sont-ils plus objectifs ? Je ne le crois pas, si l’on en juge par la manière dont fut traitée l’annulation du spectacle SLAV, le dernier opus de Robert Lepage et Betty Bonifassi, pour cause d’appropriation culturelle. Plusieurs éditorialistes se rangeant aux arguments des manifestants, sans réfléchir sérieusement aux conséquences d’une telle prise de position, tout simplement parce qu’il est de bon ton de hurler avec les loups, de suspecter tout ce qui vient de la culture majoritaire.
Prenons un autre exemple proche de nous, la mairesse de Montréal, Mme Valérie Plante, a récemment communiqué avec la police sur des affrontements physiques possibles entre un groupe qualifié de fascisant, La meute, et un autre sensément d’extrême-gauche, les antifa. Selon les journaux, elle aurait fortement insisté sur le fait que le premier était beaucoup plus violent et dangereux que le second. Or jusqu’à maintenant, et ce fut même noté par quelques observateurs[9] plutôt hostiles à La meute, ce furent les antifas qui recoururent à la violence physique et non La meute. L’affirmer n’est pas prendre parti, c’est juste prendre acte du réel. Qu’en conclure sinon que, par ses paroles, la mairesse développe une narration diabolisant délibérément une partie, sans souci de la vérité des faits ? Le pouvoir des mots est grand.

Mais d’où vient cet étrange pouvoir des mots ?

Les mots ont une puissance étrange. Qu’est-ce qui dans le discours ou le texte est si fort qu’il impose un véritable formatage de la pensée commune, qu’il assujettit les lecteurs, qu’il convainc des individus n’ayant aucun moyen de juger de la véracité des propos, et qu’il entraîne même des foules jusqu’à commettre des horreurs inouïes ? Sont-ce les mots eux-mêmes qui ont ce pouvoir, ou bien exploitent-ils une faille de la psychologie humaine ?
Si Einstein, aussi fameux qu’il soit, présentait une théorie manifestement erronée, aucun de ses pairs n’accepterait de conforter ce fourvoiement. Poliment, mais fermement, ils démoliraient sa démonstration, parce que toute affirmation dans le domaine scientifique est sujette à vérification. Les mots en science, on l’a dit, n’ont pas préséance sur le réel. Pourquoi en est-il autrement dans les sciences sociales ? Rappelons l’incroyable canular monté par le physicien Alan Sokal. Celui-ci présenta en 1996 un texte pseudo-scientifique, Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique à la revue Social Text, publié par l’université Duke aux États-Unis, revue concernée par les études culturelles postmoderne. En soi déjà saugrenu dans une revue littéraire, son article était un galimatias totalement incohérent, dont l’examen même superficiel aurait montré immédiatement la nature facétieuse. Estimant l'absurdité de son article évidente, Sokal, dans une déclaration retentissante, en conclut que « la revue méconnaît les règles de la rigueur intellectuelle puisqu'elle s'est permis de publier un article sur la physique quantique sans prendre la précaution de consulter un spécialiste du domaine [10] ».  Si on peut manipuler aussi aisément une revue savante en utilisant des mots incompréhensibles mais qui ont l’air scientifiques, alors on imagine combien c’est plus facile lorsqu’on s’adresse au tout-venant. On est face ici à une différence majeure de perception entre le discours scientifique et le discours social, quant à la crédibilité de celui qui parle. Peu importe votre crédibilité et renommée en science, c’est la vérité factuelle des assertions qui compte et celles-ci seront automatiquement vérifiées. Par contre, dans le monde du social, du politique, de l’idéologie, du religieux et même de l’art, la valeur de ce que vous dites ou écrivez dépendra essentiellement de votre renommée, pas de son rapport aux faits, d’où le pouvoir démesuré des intellectuels et des personnes d’influence pour manufacturer l’opinion. « En mathématiques, en physique, on se soucie de ce que vous dites, non de vos certificats. Mais pour parler de la réalité sociale, il vous faut des certificats. » (Chomsky, dialogues avec Mitsou Ronat. Flammarion, Paris 1977).
Le discours est une activité sociale autant qu’une activité intellectuelle : dans une analyse qui tient compte du contexte discursif de la pensée, il est clair que la ligne de partage est celle qui sépare l’affirmation objectivement fondée de celle qui ne l’est pas. Aussi faut-il s’interroger : pourquoi n’est-il pas naturel pour chacun de nous d’examiner toute affirmation, tout discours, tout texte, tout mot, de façon critique, de douter de tout avant de l’accepter pour vrai ?

Prééminence du ressenti et des automatismes (système 1) sur la réflexion rigoureuse (Système 2).

Répondre à cette question va bien au-delà de l’objet de ce liminaire. L’énigme est si profonde que la biologie évolutionniste doit être convoquée. Disons simplement que l’homo sapiens étant un animal social jusqu’à la moelle des os[11], l’évolution a fait de la plupart d’entre nous des conformistes, des adeptes du prêt-à-penser, et en dépit de protestations contraires, développé en nous une addiction à la servitude volontaire, seul un petit nombre de personnes aptes à saisir le pouvoir et à ordonner, y échappant. La conjonction de ces traits humains explique partiellement l’incroyable pouvoir des mots dans toute société humaine.
Durant sa longue et lente transformation, le petit d'hominidé avait d'autant plus de chances de survivre qu'il écoutait religieusement ses parents et les personnes en autorité sur ce qu'il fallait faire et ne pas faire pour éviter la mort. Peu de désobéissants survivaient, la nature ne faisant aucun cadeau, et au cours des millions d’années, le conformisme devint un trait indéracinable de l’espèce humaine, au point que les différences trop marquées d’avec les normes étaient dangereuses[12] pour leur porteur. Mais parmi les survivants, quelques enfants rétifs, iront plus loin, se rebelleront contre l’argument d’autorité et deviendront les futurs empêcheurs de tourner en rond, bref des briseurs d’idoles, des iconoclastes, des modèles de comportements nouveaux, des chefs.
Nous sommes donc devenus des moutons de Panurge[13], l’obéissance étant beaucoup plus ancrée dans le cœur de l’homo sapiens que l’amour de la liberté. En nous gît un besoin irrépressible de l’autre, de se reconnaître semblable à lui, et au travers de la quête identitaire de faire avec lui société commune. La philosophe Simone Weil, à la suite de l’expérience du tragique de la vie en conclut que « l’enracinement est le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine[14]». C’est au sein de cette société émergente, du petit clan jusqu’à la tribu que l’usage de la raison argumentative s’est développé.  Toutefois, deux chercheurs, Hugo Mercier et Dan Sperber[15] ont montré dans un remarquable article[16] que l’usage de la raison n’a pas pour objet de cerner la vérité, mais de gagner, en utilisant des arguments plutôt que des coups de poing. Ils se fondent sur l’existence de biais cognitifs inconscients dont le biais de confirmation bien connu. Ce résultat vient conforter également les travaux de Daniel Kahneman, psychologue, prix Nobel d’économie pour son élucidation des mécanismes de prise de décision, ainsi que ceux de Jonathan Haidt (université de Virginie) qui montrent que l’homme dispose de deux systèmes cognitifs, le système 1, rapide, instinctif, intuitif, inconscient, capable d’engranger d’énormes quantités de données et le système 2, lourd, lent, réfléchi, analytique, linéaire, logique, grand consommateur d’énergie et tout juste capable de traiter une faible quantité de données. Examiner objectivement les faits requiert beaucoup d’énergie, une intense concentration mentale[17], et donc une distanciation pas toujours facile de soi avec son ressenti, si tant est que cela soit possible. Résultat inévitable, l’espèce humaine préfère de loin se reposer sur ses a priori inconscients, intuitifs, émotionnels, qui, eux, n’exigent quasiment aucun effort, aucune discipline rigoureuse, et privilégie le prêt-à-penser dispensé par les doctrinaires propres à chaque époque, chamane, prêtre, instituteur, intellectuels. Ce système 1 est donc spontanément beaucoup plus sensible aux ressentis qu’à une réflexion analytique rigoureuse. Pensons à l’énorme vague de sympathie en 2015 à la vue de la photo du petit cadavre de l’enfant sur une plage[18] turque, qui poussa la chancelière allemande Mme Angela Merkel à accueillir soudainement plus d’un million de réfugiés syriens, sans consultation aucune du peuple allemand. Jonathan Haidt a inventé pour ce mode de fonctionnement, une métaphore saisissante « L’éléphant et le cavalier ». L’éléphant est le système automatique, intuitif, émotionnel, le cavalier est la raison cartésienne en apparence souveraine. Dans les faits, c’est l’éléphant qui commande presque toujours, le cavalier paresseux ne fait pas le poids[19]. Ajoutons que l’homo sapiens plus proche en cela du chimpanzé commun que du bonobo cherchera naturellement, soit à dominer, soit devra se soumettre au plus fort. La façon de faire société de l’homme au-delà d’un seuil minimal de complexité, s’est toujours moulée sur un principe de hiérarchie, d’où la révérence à l’égard des autorités fortes même lorsqu’elles ordonnent des comportements monstrueux[20]. Une démonstration saisissante, l’effet Lucifer[21], semblable à l'expérience de Stanley Milgram au début des années 60, en fut fournie par le professeur Philip Zimbardo de l'université de Stanford en 1971. L’expérience fait froid dans le dos quand on prend conscience de qui nous sommes vraiment : des gens capables de poser des gestes criminels, sans grandes hésitations morales dès lors qu’une autorité légitime l’exige.
Voilà pourquoi nous traînons avec nous cette détestable mentalité de troupeau, qui lorsque nous sommes en groupe, désarme le peu d’esprit critique et de sens moral dont nous sommes dotés. On ne peut expliquer autrement pourquoi des millions de personnes ont obéi sans beaucoup d’hésitations à tous les dictateurs et monstres que l’histoire a répertoriés 
On pourrait très bien imaginer une autre société où aucune personne ne se laisserait convaincre de quoi que ce soit sans avoir analysé au préalable les mots et discours qui appellent à l’action ou décrivent pourquoi une option est meilleure qu’une autre. Jusqu’à un certain point, cette société existe partiellement, c’est celle du monde scientifique. Les mots dans ce cas sont des symboles mathématiques ou décrivent des phénomènes généralement reproductibles, ou des hypothèses falsifiables. Dans la vraie vie, aucune société n’a jamais fonctionné sur la force d’une pure argumentation logique; dans la vraie vie, les mots ont un pouvoir immense parce que nous utilisons préférentiellement le système I, pas la rigueur de la logique. Nous ne sommes que très partiellement des êtres de raison.   

Notre objectif avec ce livre ne vise pas à dire ce qu’il convient de penser à quiconque, nous voulons simplement rappeler le sens originel de certains mots et expressions pour mesurer l’étendue de leur dérive, qui va jusqu’à l’inversion absolue du sens originel. Les mots sont importants, leur sens est important, leur manipulation est désolante, parfois intolérable. Non, la guerre, ce n’est pas la paix, la liberté, ce n’est pas l’esclavage, le voile islamique, ce n’est pas la libération féminine, la laïcité, ce n’est pas l’intrusion de la religion dans les écoles et ailleurs. Être sur la brèche, attentif aux faits et à la vérité exige sans répit une lecture critique et un examen des sources, c’est requérir de la raison d’être toujours en surplomb des ressentis pour distinguer entre les duos vrai/faux et bien/mal. Cette posture de raison exige une forme de détachement d’avec soi-même. Pas facile, pour tout dire presque impossible mais la rigueur logique l’exige.
C’est au lecteur de décider si ces réflexions l’aideront à juger de façon plus critique les propos de ceux qui forgent la bien-pensance obligatoire, en se rappelant que si chacun est maître de son opinion, il n’est pas maître des faits.



[1] Professeur Singer 
[2] Quoiqu’avec Justin Trudeau, ce soit plutôt le souvenir d’une autre époque que ses qualités d’orateur qui lui ouvrit les portes du pouvoir !
[3] Nietzche affirmait que chaque mot est un préjugé
[4] Thierry Pech “https://www.youtube.com/watch?v=vDwNVd6ELR4”
[5] Paul Wolfowitz …..
[6] Les LGBTQQIP2SAA (Lesbienne, Gay, Bisexuel, Trans, Questioning, intersex, Pansexuel, Two Spirited), l’immigrant, le sans-papiers, le musulman.
[7] François Mitterrand : le nationalisme, c’est la guerre 
[8] Un Président ne devrait pas dire ça. « C’est de partition dont on parle » Livre de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, Stock 2016
[9] Le 20 août 2017, lors d’une manifestation autorisée de La meute dans la ville de Québec, les antifas ont violemment tabassé un citoyen pacifique, alors que La meute s’abstenait de défiler pour éviter le heurt avec les antifas.
[10] Wikipédia : Affaire Sokal
[11] Frans de Waal Le bon singe. Les bases naturelles de la morale. 1996, trad. fr. Bayard, 1997.
[12] Yuval Noah Harari, Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Albin Michel 2012
[13] Il n’y a évidemment pas de gène du conformisme (mouton de Panurge) chez l’homme, de même qu’il n’y a pas de gène de l’obéissance chez le chien. Les humains ont sélectionné au cours des âges, les chiens les plus obéissants pour se reproduire et c’est de cette façon que du loup naquit une sous-espèce, le chien avec une forte prédisposition à obéir à l’homme. L’évolution, devenue auto-domestication, a procédé de même avec l’homo sapiens.
[14] « L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir. Participation naturelle, c'est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l'entourage. Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie.» Simone Weil. L’enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain. Gallimard, Paris 1949.
[15] Hugo Mercier, Dan Sperber. The enigma of reason. Harvard university press. 2017
[16] Why do human reason? Arguments for an argumentative theory. Hugo Mercier, Dan Sperber. Behavioral and brain sciences (2011) 34, 57-111 doi: 10.1017/S0140525X10000968. Cambridge University Press 2011
[17] Une personne moyenne peut rarement manipuler simultanément plus de trois ou quatre objets distincts dans son esprit.
[18] Photo du petit cadavre arrangée pour maximiser son impact émotionnel
[19] Les clés du bien-vieillir. Léon Ouaknine Éditions du dauphin, Paris 2017 p163-185
[20] Hitler's willing executioners, Daniel J. Goldhagen 1996.
[21] « Des étudiants furent répartis en 2 groupes, un de prisonniers, l'autre de gardiens. Les prisonniers et les gardes s'adaptèrent rapidement aux rôles qu'on leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. L'une des conclusions de l'étude fut que le respect des directives orales de l’autorité avait suspendu le code moral personnel de chaque participant, qu'un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques. Malgré la dégradation des conditions et la perte de contrôle de l'expérience, une seule personne sur les cinquante participants de l'étude s'opposa à la poursuite de l'expérience pour des raisons morales (Wikipédia) ». On peut imaginer sans grand risque de se tromper que si dans la vraie vie cette personne morale savait que sa prise de position publique lui attirerait ainsi qu'à sa famille de graves ennuis et peut-être même la mort, le courage de se dresser contre l'infamie eût été plus incertain.


Léon Ouaknine







[1] Le Figaro, 7 septembre 2018

jeudi 17 mai 2018

GAZA : ÉMOTION OU RAISON. ÉTHIQUE DE CONVICTION OU ÉTHIQUE DE RESPONSABILITÉ.




On dit souvent qu'il y a deux sortes d'éthiques, l'éthique de conviction, où seule importe l'impératif d'affirmer les valeurs suprêmes, et l'éthique de responsabilité où la prise en compte des implications et conséquences de tout acte est un sin qua non.
Il est évidemment plus aisé pour un individu d'opter pour la première que pour la seconde, car il n'est comptable de ses actes, généralement que vis-à-vis de lui-même. Ce n'est pas le cas pour un gouvernement, car celui-ci à des obligations lourdes vis-à-vis de ses mandants et un impératif suprême, la défense de la sécurité du peuple dont il est l'émanation.
L'éthique de conviction se nourrit principalement de l'émotion, légitime, face à un acte qui apparait être à l'individu comme une intolérable atteinte à des droits fondamentaux. Très rarement conjugue-t-elle l'élan initial à une analyse rationnelle des faits, analyse qui apparait par contraste évidemment froide et détachée.
Or la plupart du temps, cette réaction éthique de conviction de l'individu est fondée sur une énorme hypocrisie inconsciente, car cette réaction est toujours sélective. On s'émeut face à certaines injustices et pas à d'autres. Cette attitude naturelle montre les limites de cette éthique de conviction, car elle est attentatoire à l'obligation pour toute éthique de conviction, d'être universelle.
Prenons Gaza, les bonnes âmes s'émeuvent devant 56 morts ou 100, pourquoi n'y a-t-il pas le même déchainement d'émotivité face au martyre que subissent les chrétiens d'orient ? Pourquoi presque rien pour les morts qui surviennent en même temps chez les Rohingyas, fuyant la Birmanie ? Ce sont des musulmans dans un cas comme dans l'autre, mais voilà, le "criminel" n'est pas le même. Dans un cas, ce sont des soldats d'Israël, des Juifs; dans l'autre cas, ce sont des soldats birmans, qui n'ont pas prévenu qu'il ne fallait pas traverser une frontière; ils ont assailli et tué des gens qui fuyaient. Cet exemple, un parmi mille lorsqu'il s'agit d'Israël, invalide à mes yeux cette vertueuse indignation, car je le répète, l'éthique de conviction doit nécessairement viser l'universel, sinon elle obéit à des préférences suspectes.
Ceci dit, je regrette profondément ces pertes de vies humaines, mais je rappelle ce simple fait pour ceux qui l'ont délibérément occulté, le Hamas a pondu une charte où il affirme explicitement qu'Israël n'a pas le droit d'exister et qu'il entend lutter pour prendre le contrôle de toute la Palestine. Et d'où vient ce droit du Hamas ? Sa charte affirme que depuis les conquêtes islamiques du VIIème siècle, tout territoire conquis devra demeurer propriété islamique jusqu'à la fin des temps. Je ne l'invente pas, c'est écrit noir sur blanc dans la charte du Hamas. Je rappelle aussi que les Juifs ont occupé la Palestine pendant des siècles avant que les légions romaines de Titus détruisent le Royaume de Judée en l'an 70. Ce sont les Romains eux-mêmes qui, pour éradiquer jusqu'au souvenir des Juifs, donnèrent à cette terre, le nom de Palestine.
Existe-t-il une issue à cette situation tragique ? Je n'en vois pas d'immédiate.