mardi 17 avril 2018

BOURBIER SYRIEN. GUERRE CHIMIQUE. HYPOCRISIE DE TOUS







Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous autres, mais ces frappes occidentales sur la Syrie relèvent du grotesque tant la manipulation est évidente, je m'explique :

1.     Ces frappes ne détruisent quasiment rien, elles furent annoncées longtemps avant pour permettre aux Russes et Iraniens de s'éloigner des lieux

2.     Il est évident que les Russes et les Iraniens ont informé la garde prétorienne de Bechar Al Assad et celle-ci a eu largement le temps d'évacuer du lieu les instruments et produits cruciaux.

3.     Les occidentaux ont annoncé en même temps que leurs objectifs n'étaient ni de faire tomber le régime, ni même de le forcer à négocier; il est en position de force vu l'appui massif de la Russie, de l'Iran et des milliers de combattants du Hezbollah. 

4.     Il ne craint pas la Turquie, vu le parrainage de la Russie et de l'Iran et il sait fort bien que les Américains n'ont pas l'intention de s'enliser là-bas.

5.     Bref, le seul effet sur la Syrie serait de l'empêcher de recommencer à utiliser des armes chimiques. Or ça ne tient pas debout, Bechar El Assad a utilisé ces armes plusieurs fois et il recommencera.

6.     Alors pourquoi ces frappes occidentales ?

7.     Pour une pure consommation intérieure. Les nations occidentales ne peuvent plus aller en guerre sans invoquer indirectement les arguments de Sant-Augustin et St-Thomas d'Aquin, de la nécessité de punir l'injustice.

8.     Punir l'injustice ? Qui croira un seul instant que ce fut l'instinct moral qui inspira les occidentaux quant à l'opportunité des frappes ?

9.     L'injustice de voir 400.000 à 500.000 personnes tuées depuis 7 ans, sans que le devoir d'ingérence humanitaire ne se manifeste de façon massive et tangible, est une tache douloureuse sur la conscience occidentale, mais pas suffisamment douloureuse pour agir.

10.  Alors pourquoi ces frappes qui ne servent à rien militairement et n'auront aucun pouvoir de retenu chez Assad ? Je pense que l'utilisation d'armes chimiques fut pour les occidentaux une manière de se dédouaner à bon compte. C'était une ligne rouge à ne pas franchir. On pouvait tuer 500.000 personnes, mais attention la ligne rouge, c'était les gaz. Pour moi ce serait comme de dire, c'est méchant d'avoir violer toutes ces femmes, mais attention, si en plus vous les sodomiser, on interviendra, c'est la ligne rouge !

11.  500.000 personnes tuées, c'est méchant mais 50 ou 100 gazées, c'est intolérable.

12.  Les occidentaux ont frappé pour se donner une apparence de moralité, vis-à-vis de leurs propres opinions publiques et les gens bonasses se ragaillardiront en se disant, "On n'est pas comme eux".

13.  Assad est un des grands meurtriers de l'Histoire, pas le plus grand loin de là. Ceux qui se dressaient contre lui étaient pour la majorité des émanations de Daesh ou de Al Qaeda. On sait très bien comment ils utilisent les civils pour maintenir leur emprise. Mais si on veut sauver des vies aujourd'hui, mieux vaut une horreur telle qu'Assad que ce qui l'aurait remplacé, Daesh.

lundi 2 avril 2018

LE KIDNAPPING DE STEPHEN HAWKING




Stephen Hawing, le célèbre physicien des trous noirs était un athée sans concession. Son corps ou ses cendre furent convoyées à son lieu de dernier repos, l'Abbaye de Westminster par des gens d'Église. Je peux bien comprendre qu'en tant que grand homme, il soit inhumé près de Isaac Newton, tout comme en France, croyant ou athée, les grands hommes et femmes de ce pays se retrouvent au Panthéon.
Je trouve cependant déplorable ce kidnapping de l'Église anglicane, alors qu'au sujet de la question de Gottfried Wilhelm Leibniz "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien" (je crois me souvenir que la question fut formulée par d'autres bien avant Leibniz, mais leur noms m'échappent), Hawking avait clairement répondu que les lois de la physique n'avaient pas besoin de dieu.
Mais la réponse de Stephen Hawking n'en était pas une vraiment. 
Je suis entièrement d'accord avec son affirmation qu'il n'est nul besoin d'un créateur, mais il n'en reste pas moins qu'il sous-entendait que les lois précédaient l'univers. Il y a comme un soupçon de platonisme ici. Les lois (ou leur essence) préexistent l'existence. 
Je ne suis pas un physicien, mais de ce que j'ai compris (évidemment insuffisamment), ces lois impliquent qu'un champ énergétique préexiste à tout et qu'il est agité de fluctuations quantiques, dont l'une d'elle a fait apparaitre au moins un univers, le nôtre, au sein d'une infinité d'univers (le multivers), ce qui règle une fois pour toute le principe anthropique fort et la question de la concordance fine et improbable statistiquement d'un ensemble de paramètres indispensables à notre univers. 
À ce stade-ci, on doit admettre l'existence d'un mur infranchissable à notre compréhension, même en changeant le "pourquoi" en "comment". Celui de savoir pourquoi un tel champ d'énergie existe, ce qui est une autre formulation de la question de Leibniz.
Mais au minimum, on peut affirmer que l'existence d'une intentionnalité toute-puissante, préexistant à tout, relève d'une profonde absurdité. Car une telle toute-puissance requiert une complexité informationnelle quasiment infinie, s'appuyant sur des structures capables justement de conserver et gérer de l'information. Et pourquoi, cascader de la complexité à la simplicité ? Il est plus logique d'opter pour l'absence totale d'intentionnalité.
Si on sort carrément de toute notion de logique, alors, on est dans la pure fantaisie, ce que sont tous les histoires religieuses des origines.
Tout ceci étant dit sans vouloir blesser quiconque, je citerais cette phrase sublime du Président Abraham Lincoln. "With malice toward none, with charity for all".

2 avril 2018



jeudi 29 mars 2018

JUSTICE NORMALE ET JUSTICE D'EXCEPTION


Je n’ai aucune formation juridique, aussi mes interrogations sur certaines limitations de la justice en rapport avec les attentats islamistes apparaitront-elles naïves à certains. Nonobstant le fait que la majorité des projets terroristes sont bloqués dans l’œuf grâce aux services de sécurité, nous sommes tous révoltés de voir  à quel point les attentats se suivent et se ressemblent sans qu’on ait le sentiment que les gouvernants suivent une stratégie claire pour y mettre fin, soit parce que :
a) une stratégie efficace remettrait trop durement en question notre vision de la démocratie, du droit et notre sens de ce qu’est la justice naturelle, ce à quoi se refuse le personnel politique
b) le prix à payer politiquement pour les gouvernants serait trop élevé
c) il est trop tard, le processus de transformation du pays est trop avancé et qu’y remédier maintenant conduirait à une guerre civile sanglante  
Ce qui m’interpelle aujourd’hui touche au premier point seulement, parce que je n’ai pas vu beaucoup de textes dans les journaux grand public débattre de cette problématique.

EN QUOI CONSISTE LA JUSTICE
La justice, c'est normal, sanctionne le passé. Lorsqu'un crime, quel qu'il soit est commis, la justice se saisit de l'accusé, présumé innocent jusqu'à preuve contraire, et lorsque les jurés ou le le juge sont convaincus de l'offense, le criminel est condamné. Celui-ci dispose ensuite de multiples recours. Le processus est long et pesant, car nous partons du principe qu'il vaut mieux qu'un criminel échappe à la justice, plutôt qu'un innocent soit injustement condamné. Cette procédure est rationnelle et conforme à l'éthique.
La justice "normale" a,  du point de vue du non spécialiste que je suis, quatre objectifs formels et un informel : 
a) elle doit sanctionner les crimes au vu et au su de tous pour conforter le principe que dans une société démocratique et civilisée, tout crime doit être puni, 
b) elle doit répondre au besoin de rétribution pour ne pas dire de vengeance ancré au cœur de l'homo sapiens lorsque celui-ci subit l'agression de l'autre, 
c) elle vise un effet de prévention et de cohésion sociale, sous forme d'avertissement visible : le criminel sera condamné, quel que soit son rang dans la société,
d) elle vise également à réhabiliter le criminel si possible pour faciliter sa réinsertion sociale à l'issue de sa peine. 
e) elle dissuade les gens de se faire justice soi-même en montrant que l’État agit, et qu’il est seul dépositaire de la violence légitime

JUSTICE NORMALE ET JUSTICE D’EXCEPTION
Très vite, on se heurte avec la justice ‘‘habituelle’’ à une difficulté presque insurmontable, lorsque la survie du modèle de vie commune est engagée. Cette difficulté tient à notre conception du droit. Dans nos démocraties, la justice est par essence rétributive, elle sanctionne les actes et non les intentions putatives ou le potentiel de dangerosité. Se pose alors la question de la possibilité d’une justice préventive. Est-il désirable au vu d’une dangerosité reconnue d’agir préventivement sans préjudice à l’égard des droits de la personne.
Il existe ce qu’on appelle la légitime défense, mais celle-ci est définie de façon extraordinairement restrictive, elle n’est reconnue que si l’assaillant a littéralement tiré le premier. C’est pourquoi tant de femmes violentées et battues par un conjoint abusif ne peuvent invoquer ce principe qu’une fois morte ou quasiment, l’Etat étant excessivement jaloux de son monopole de la violence légitime. Et j’ajouterais à juste titre.
Cependant il y a des situations où la seule sauvegarde imaginable est l’action préventive allant jusqu’à la mise hors d’état de nuire du terroriste potentiel, lorsque le risque avéré est très élevé. Dans la plupart des cas, il nous est impossible de juger avec précision du degré de risque, car beaucoup de gens peuvent avoir des idées nauséabondes et même horrifiantes, mais ne passeront jamais à l’acte, retenus par quelques restes de morale. Maintenant qu’en est-il de personnes reconnues officiellement (fichées S ou inscrites sur un registre policier de prédateurs sexuels) comme ayant un niveau alarmant de dangerosité ? Doit-on pour respecter le fait que seul l’acte compte, oublier que ces personnes ont un fort potentiel de passage à l’acte comme nombre de fichés S en France l’ont démontré et ne rien faire. Dans ce cas, n’y a-t-il pas un manquement grave au droit à la sécurité du citoyen lambda, vu que contrairement aux puissants, il n’a en général aucun moyen d’assurer sa propre sécurité ?
Nous sommes face ici à un conflit classique entre deux droits, rendu plus complexe par la notion de coût. En effet, il existe en France près de 20.000 fichés S. Il faut 10 policiers pour surveiller en permanence un suspect. 200.000 policiers, le coût devient extravagant. L’autre branche de l’alternative serait d’interner tous les fichiers S, mais cela reviendrait à transformer nos démocraties en ce qu’elles ne veulent absolument pas devenir.
S’en tenir à la ‘‘justice normale’’ est cependant inadéquat dans certains cas dont le plus évident est celui du terrorisme islamiste, alors que les morts s'ajoutent aux morts en grand nombre, pour les raisons suivantes :
a) les islamistes, se déclarant soldats d'Allah ne considèrent pas leurs atrocités comme des crimes mais comme des actions hautement morales ordonnées par le coran puisque celui-ci appelle à la soumission de la terre entière. Les terroristes ne reconnaissent pas la justice du pays, la déclarant fausse, se rient des sanctions, ils n'ont absolument pas peur de la mort car elle est la clé facile du paradis.
b) la justice normale n'a aucun effet de prévention
c) elle ne protège plus la population

ALORS QUELLE ISSUE ?
Un pays démocratique a résolu ce problème, Israël, mais je crois qu’il dispose d’un atout que nos démocraties n’ont pas, la détermination de survivre, fidèle à son identité, sans être miné par une idéologie dévoyée, l’antiracisme, devenu dans nos pays un racisme à géométrie variable et qui a pour effet de sidérer la pensée, pour reprendre l’expression de Finkielkraut. Or c’est cette conviction du caractère précieux de son identité qui manque le plus dans nos pays occidentaux. Lorsque le relativisme a sérieusement miné la légitimité d’être soi, quel choix nous reste-t-il ?
Le choix entre vivre fièrement ou se soumettre lentement, plus précisément :
a) soit de vivre en reconnaissant officiellement un état de guerre et d’agir comme en état de guerre
b) soit de croire que les choses vont s’arranger en fermant les yeux. C’est évidemment cette voie que suivent nos politiques, tout en sachant in petto la vérité comme en attestent les paroles de François Hollande, reconnaissant que la France s’en va doucement vers la partition.
Personnellement, je choisirais de vivre en sachant que ma conception de l’être humain rejette toute forme de soumission et j’assumerais les conséquences éthiques de ce choix.

PS : Le thème de justice préventive a déjà été traité en science fiction par exemple par Philippe K. Dick, célèbre auteur du livre "Minority Report", dont un film, du même nom fût réalisé. Dans son livre Philippe K. Dick envisage que certains mutants, les précogs, soient capables de voir l'avenir et identifient les meurtriers avant que ceux-ci aient agi. Les criminels potentiels sont arrêtés et jugés alors même qu'ils n'ont encore rien fait. Oeuvre de fiction, Minority Report nous force toutefois à réfléchir au fait que le futur est soit totalement déterminé, soit il demeure ouvert. Dans les deux cas, le livre nous confronte à un paradoxe impossible.