jeudi 17 mai 2018

GAZA : ÉMOTION OU RAISON. ÉTHIQUE DE CONVICTION OU ÉTHIQUE DE RESPONSABILITÉ.




On dit souvent qu'il y a deux sortes d'éthiques, l'éthique de conviction, où seule importe l'impératif d'affirmer les valeurs suprêmes, et l'éthique de responsabilité où la prise en compte des implications et conséquences de tout acte est un sin qua non.
Il est évidemment plus aisé pour un individu d'opter pour la première que pour la seconde, car il n'est comptable de ses actes, généralement que vis-à-vis de lui-même. Ce n'est pas le cas pour un gouvernement, car celui-ci à des obligations lourdes vis-à-vis de ses mandants et un impératif suprême, la défense de la sécurité du peuple dont il est l'émanation.
L'éthique de conviction se nourrit principalement de l'émotion, légitime, face à un acte qui apparait être à l'individu comme une intolérable atteinte à des droits fondamentaux. Très rarement conjugue-t-elle l'élan initial à une analyse rationnelle des faits, analyse qui apparait par contraste évidemment froide et détachée.
Or la plupart du temps, cette réaction éthique de conviction de l'individu est fondée sur une énorme hypocrisie inconsciente, car cette réaction est toujours sélective. On s'émeut face à certaines injustices et pas à d'autres. Cette attitude naturelle montre les limites de cette éthique de conviction, car elle est attentatoire à l'obligation pour toute éthique de conviction, d'être universelle.
Prenons Gaza, les bonnes âmes s'émeuvent devant 56 morts ou 100, pourquoi n'y a-t-il pas le même déchainement d'émotivité face au martyre que subissent les chrétiens d'orient ? Pourquoi presque rien pour les morts qui surviennent en même temps chez les Rohingyas, fuyant la Birmanie ? Ce sont des musulmans dans un cas comme dans l'autre, mais voilà, le "criminel" n'est pas le même. Dans un cas, ce sont des soldats d'Israël, des Juifs; dans l'autre cas, ce sont des soldats birmans, qui n'ont pas prévenu qu'il ne fallait pas traverser une frontière; ils ont assailli et tué des gens qui fuyaient. Cet exemple, un parmi mille lorsqu'il s'agit d'Israël, invalide à mes yeux cette vertueuse indignation, car je le répète, l'éthique de conviction doit nécessairement viser l'universel, sinon elle obéit à des préférences suspectes.
Ceci dit, je regrette profondément ces pertes de vies humaines, mais je rappelle ce simple fait pour ceux qui l'ont délibérément occulté, le Hamas a pondu une charte où il affirme explicitement qu'Israël n'a pas le droit d'exister et qu'il entend lutter pour prendre le contrôle de toute la Palestine. Et d'où vient ce droit du Hamas ? Sa charte affirme que depuis les conquêtes islamiques du VIIème siècle, tout territoire conquis devra demeurer propriété islamique jusqu'à la fin des temps. Je ne l'invente pas, c'est écrit noir sur blanc dans la charte du Hamas. Je rappelle aussi que les Juifs ont occupé la Palestine pendant des siècles avant que les légions romaines de Titus détruisent le Royaume de Judée en l'an 70. Ce sont les Romains eux-mêmes qui, pour éradiquer jusqu'au souvenir des Juifs, donnèrent à cette terre, le nom de Palestine.
Existe-t-il une issue à cette situation tragique ? Je n'en vois pas d'immédiate.

mardi 8 mai 2018

ANTIRACISME : UN RACISME À GÉOMÉTRIE VARIABLE



Le Larousse définit l’antiracisme comme ce qui s’oppose au racisme.
Cette définition s’apparente à un syllogisme quasi aristotélicien, si A = racisme alors non A = antiracisme.
Raisonnement d’une beauté formelle, hélas c’était compter sans la perversité du réel où selon les victimes, si non A = antiracisme, alors A = occident = très méchant.

Antiracisme :  mode parodique : Les Animaux malades de la peste

Le racisme est puant, la rumeur s’en répandit et du monde entier tous les peuples racisés furent convoqués pour nommer et combattre ce mal qui répand la terreur. Chacun jura qu’il n’était coupable d’aucun acte raciste, pas même d’une peccadille, la couleur de sa peau faisant foi de sa sincérité. Un seul des présents, le blanc occidental, agissant comme l’âne de Jean de La Fontaine, reconnut bien volontiers qu’il était l’auteur d’une longue suite d’abominations, mais qu’il avait changé et demandait pardon à tous ceux qui avaient souffert de son passé sulfureux et même aux mahométans de peau bien blanche, dont l’un des commandements de la religion de paix leur interdisant de prendre pour ami, mécréants, chrétiens ou juifs, n’était pas raciste puisque ordonné par leur livre saint. Il devint vite évident aux yeux de tous, qu’il ne pouvait y avoir nulle victime, sans que quelque part, un blanc colonial n’ait activement contribué à son malheur.  Sitôt avouée et dûment constatée, la nature monstrueusement raciste du blanc colonial révulsa jusqu’aux plus timorés et suscita une immense clameur des peuples assemblés, dont la non-blanchitude témoignait de la blancheur de leur âme.
Tous s’écrièrent « Quoi, manger l’herbe d’autrui, quel crime abominable, seule la mort peut expier un tel forfait ». Cependant, vu la disproportion des forces en présence, les victimes, se reposant sur la confession du coupable, plutôt que de prendre les armes pour le combattre jusque dans ses forteresses, jugèrent plus opportun d’édicter que le simple fait d’être blanc et occidental serait à l’avenir une preuve d’infamie racialiste et pour garantir enfin une terre lavée de tout racisme, exigèrent l’abolition des frontières du monde blanc, en vue de procéder à un grand remplacement. Ce à quoi, noyé dans le chagrin d’une âme irrémédiablement souillée, jugeant cette vindicte justifiée, le blanc rendit ses frontières toutes poreuses et, à l’image du corbeau qui ouvrant son large bec laissa tomber sa proie, offrit sans coup férir aux migrants légaux et illégaux, ses contrées ancestrales. Les nouveaux arrivants s’érigeant en indigènes de la République, tout aussitôt investir nombre de bourgades et autres quartiers, et les proclamèrent territoires interdits au blanc colonial, qui dès lors ne s’y aventurait plus que furtivement.
Ainsi cher lecteur, ami de la doxa de cette ère éclairée, du réel oublions l’existence, il suffit en ces temps nouveaux de charger le baudet de tous les maux racistes, pour qu’enfin l’antiracisme advienne. 

Antiracisme :  mode discursif :

L’antiracisme est devenu — en occident et seulement en occident, et ce depuis que la Shoah, s’est imposée à la conscience universelle comme l’horreur indépassable — plus qu’un positionnement moral, une religion ! Une religion à l’aune de laquelle toutes les idéologies, toutes les politiques et tous les comportements sociaux et individuels doivent être jugés.

En fait l’antiracisme, subsumant toutes les luttes morales qui justifiaient auparavant l’existence de toutes les gauches, se pose aujourd’hui comme méta-doctrine pour penser toutes les formes de discrimination, apparentées automatiquement à du racisme systémique — depuis la geste étatique, les échanges internationaux, le sionisme, les pansements blancs, le maintien des frontières bloquant injustement le libre accès de tous migrants du monde à l’occident raciste — jusqu’aux comportements personnels. En effet, tout désir étant l’imitation du désir d’un autre, l’antiracisme, dans un accès charmant de mimétisme de l’islam, va jusqu’à ordonner le convenable et condamner le blâmable, jugeant des pulsions et des goûts de chacun ; il est ainsi malséant et même raciste de déclarer qu’on préfère sortir avec quelqu’un qui nous ressemble plutôt qu’avec une personne d’ethnie différente, insupportable de dire qu’on préfère les minces aux gros et déclarer impensable qu’une victime fétiche du racisme occidental, puisse jamais être coupable d’un crime quelconque. L’antiracisme opère comme un charme, il suffit que l’accusation soit lancée publiquement avec force par l’imprécateur, pour que comme le rappelle l’écrivain Alain Finkielkraut, cela provoque un effet de sidération de l’esprit. On reste paralysé comme frappé par un sort, une malédiction.

La religion de l’antiracisme a ses saints. Parmi eux, les sans-papiers, les immigrés de préférence musulmans, même ceux qui violent en masse comme à Cologne, car le rappelle Thierry Pech, le directeur général du think tank Terra Nova, « il faut comprendre ces pauvres gens, ils n’avaient pas accès au sexe, là d’où ils venaient » bref, sont victimes fétiches, victimes exemplaires, tous ceux venus d’un ailleurs religieux, culturel ou géographique, qui s’estiment discriminés, ce qui exclue automatiquement tout blanc occidental de souche même s’il est un gueux crevant de faim ou de froid, car il ne dispose alors d’aucune justification raciste pour expliquer son sort. Cela exclut également tous les Juifs, assassinés par de prétendus hérauts de l’antiracisme, cela exclut aussi les réfugiés chrétiens d’orient fuyant les massacres, ceux-ci ne sont pas les bienvenus au sein de la grande tente antiraciste, car ils sont, blancs, chrétiens et surtout dangereux, parce que dans ces pays, ils furent témoins et victimes de crimes commis par ceux qui par définition ne peuvent être racistes (Le racisme n’est pas chez l’Autre, René Galissot[1], puisque le racisme ne peut surgir que dans la société d’accueil, que ce soit le Québec, la France ou l’occident en général.

Antiracisme :  mode argumentatif :

Les luttes séculaires contre le racisme ont visé depuis toujours à s’assurer que légalement et concrètement, chacun bénéficie de l’entièreté des droits, depuis la liberté refusée aux esclaves, jusqu’à l’élimination de toute forme de discrimination illégale. L’objectif ayant toujours été d’universaliser les droits et libertés. Or aujourd’hui, ceux qui invoquent l’antiracisme, ne demandent rien de moins que des droits différents pour des groupes spécifiques au nom d’un prétendu droit à la différence et d’un droit à la réparation, qui inclue le droit à l’exclusion des blancs occidentaux, comme par exemple avec les camps décoloniaux, ou l’interdiction de l’appropriation culturelle, car ce serait une forme de spoliation d’un groupe dominé. Tous ceux qui persistent à vouloir l’universalisation des droits sont dès lors accusés par les « antiracistes » d’être des racistes. Cela va très loin, ainsi la porte-parole du PIR (Parti des Indigènes de la République), Houria Bouteldja a sommé les femmes non assimilées à la blanchitude occidentale, si d’aventure elles étaient violées par l’un des leurs, de ne pas déposer de plainte de façon à ne pas conforter le groupe dominant, les racistes blancs. Or ne pas déposer de plainte pour une violence aussi répugnante qu’un viol pour un tel motif, c’est consacrer une conception raciste de la société, c’est conforter l’idée de droits séparés et différents selon les affiliations religieuses ou ethniques, c’est refuser l’idée d’une justice universelle; c’est en fait souscrire à une société d'apartheid.  

Lorsque la lutte antiraciste en arrive à de telles aberrations, lorsque la notion de droit récuse toute idée d’y accoler un devoir, lorsque promouvoir des pratiques différentialistes selon que le violeur est de votre race ou pas, devient quelque chose de pensable, que penser sinon que l’antiracisme est en fait devenu un racisme à géométrie variable !


Léon Ouaknine





[ . 1] La synthèse nécessaire : continuité historique et continu social. [Article] « L’Homme et la société :Année 1985              75-76 pp 117-132. Numéro thématique : synthèse en sciences humaines.