samedi 24 avril 2010

IL FAUT SOUVENT SE MEFIER DE CEUX QUI VOUS VEULENT DU BIEN








Tarik Ramadan l’intellectuel musulman bien connu, vient régulièrement au Canada et au Québec pour prêcher la bonne parole d’un islam ouvert sur le monde. Rappelons pour situer le personnage que dans un débat animé avec Nicolas Sarkozy en 2007, Tarik Ramadan, mis au pied du mur au sujet de la lapidation, déclarait publiquement son abolition impossible, puisque inscrite dans le coran. Pour régler ce problème gênant, Il préconisait toutefois que les pays musulmans appliquant littéralement les prescriptions de la charia instituent un moratoire sur les pratiques de lapidation plutôt que leur abolition formelle. Le principe coranique de lapidation dont celui de la femme infidèle devant demeurer, mais son application temporairement suspendue.
Or voici que très récemment, le journal montréalais The Gazette dans son édition du 16 avril 2010 nous informait que M. Ramadan veut aujourd’hui nous convaincre que « les musulmans pratiquants peuvent apporter une importante contribution à l’occident pluraliste »[1].

Cette sollicitude de Tarik Ramadan pour l’occident mérite qu’on s’y arrête un moment.
Lorsque quelqu’un prétend vous faire un cadeau que vous n’avez nullement sollicité, il est permis de se demander si ce cadeau vise à vous rendre service ou à profiter au donneur de cadeau.
Il est clair que cette « importante contribution » des musulmans pieux ne peut être que liée à la nature de leur piété islamique et non à des contributions scientifiques, économiques ou même culturelles, puisque Tarik Ramadan parlerait dans ce cas de musulman tout court et non de musulman pieux. Il est vrai que pour lui, être musulman n’a de sens littéralement que si on "se soumet à dieu" en respectant intégralement sa parole, c’est-à-dire toutes les prescriptions du coran. En effet, lors d’une précédente interview à The current, une émission de Radio Canada anglais le 14 mars 2010, ce même Tarik Ramadan déclarait que comme tout bon musulman il prenait très au sérieux tous les textes coraniques.
D’emblée cela pose problème puisqu’on sait fort bien qu’aucun vivre-ensemble ne peut perdurer s’il est assis par exemple sur des valeurs aussi intrinsèquement antagoniques, que le droit de la femme à son autonomie d’un coté et sa lapidation en cas d’infidélité de l’autre.
Tarik Ramadan, a fustigé, lors de cette même interview, l’utilisation irresponsable de la liberté d’expression par ceux qui critiquent l’islam[2]. Or chaque fois qu’on demande que ''la liberté d'expression'' se conforme aux exigences ''d'une parole responsable'' lorsqu’il est question de l'islam, cela revient à renier l'histoire européenne où sont nées la science et la démocratie[3].

Lorsqu’on fait le compte des importantes contributions des musulmans pieux au pluralisme de l’occident, force est de constater que celles-ci tournent toutes autour de l’idée que la loi d’Allah a toujours préséance sur celle du législateur, que ce soit dans l’espace privé ou dans l’espace public. 
D’où l’appel incessant pour une laïcité généreuse et ouverte, où la liberté de religion primerait sur toutes les autres. 
Et sur ce plan, M. Ramadan et les multiples organisations islamiques qu’il inspire ont engrangé des succès dont quelques uns proprement hallucinants, succès préparant les esprits aux grands changements à venir. En Angleterre, l’archevêque de Cantorbéry, primat de l’Église anglicane avait appelé le gouvernement du Royaume Uni à introduire des dispositions de la charia dans les lois du pays et à redonner des dents à la loi sur le blasphème pour punir ceux qui auraient des propos offensants pour la sensibilité des religieux. Au Canada, des appels à introduire les tribunaux islamiques de la famille, des demandes de lieux réservés à la prière musulmane dans les espaces publics incluant les écoles, universités et hôpitaux. En France, aller jusqu’à contester avec succès devant la justice, la possibilité pour un musulman athée de se faire incinérer après sa mort, au motif que seul un imam est qualifié pour constater l’apostasie. Et partout le port du hijab, pour mieux préparer le droit à la burqa, dont l’objet vise probablement à faire définitivement éclater au nom de la liberté religieuse, la notion que la femme est partout en droits et dignité, égale à l’homme. 
Le droit à la burqa est l’une des plus récentes importantes contributions des musulmans pieux à l’occident pluraliste.

Comment comprendre de tels succès pour des pratiques aussi rétrogrades dans un occident censément pétri de la philosophie des Lumières ? Certes, il y a quelques causes conjoncturelles, entre autres, les flux migratoires de musulmans vers l’Europe et depuis quelques années vers l’Amérique-du-Nord, le poids des pétrodollars, les modes de communication modernes qui permettent de jouir matériellement de l’occident tout en étant culturellement ailleurs et le financement de centaines d’imams intégristes en occident par l’Arabie saoudite et autres émirats depuis le premier choc pétrolier de 1973. 
Mais le principal facteur explicatif à l’importante contribution des musulmans pieux au pluralisme occidental est objectivement la nouvelle trahison des clercs occidentaux, la caste intellectuelle, qui constatant l’effondrement de tous les lendemains qui chantent, cherchent aujourd’hui leur salut dans le désir de sainteté.

Avec le soutien des nouveaux gardiens du temple des droits de l’homme, Tarik Ramadan veut rendre l’occident islamo-compatible, en présentant toutes les demandes des musulmans pieux comme relevant de droits que l’occident tient pour sacrés et en affirmant que s’y opposer serait pour l’occident un déni de lui-même puisqu’il verserait dans le crime ultime de racisme. Pour mieux enfoncer le clou, toute résistance sera dorénavant et automatiquement qualifiée d’islamophobie, version recopiée de l’antisémitisme. Le discours passe d’autant plus facilement lorsque la présence de signes islamiques marque quotidiennement l’espace civil et public et accoutume les esprits à l’idée que l’islam religieux fait désormais partie intégrante du tissu sociétal de l’occident. Le génie de ce processus, c’est qu’il démarre de façon à peine perceptible et avance en catimini, j’allais dire masqué pour ne pas effrayer au départ ; le voile arrive toujours avant la burqa. Selon la culture du pays et le niveau de résistance du milieu, la conquête prend plus ou moins de temps, La France est plus rétive que le Royaume-Uni, le Québec plus réticent que l’Ontario. 
Ce cheminement s’appuie sur un procédé que les fascistes connaissent bien, utiliser la démocratie pour mieux encadrer la démocratie, utiliser la liberté pour mieux contrôler la liberté, d’abord dans des enclos communautaristes avant d’élargir peu à peu ces pratiques aux espaces public et civil.

Tarik Ramadan n’a jamais été centré sur le désir sincère de parfaire l’occident en promouvant la diversité culturelle et la pluralité des valeurs. L’occident n’est pas si mal en point qu’il ait besoin des soins de M. Tarik Ramadan. M. Tarik Ramadan ne s’intéresse pas vraiment plus aux musulmans ou au monde musulman. S’il s’y intéressait ne serait-ce qu’un peu, il utiliserait ses formidables ressources intellectuelles et son éloquence pour apporter une importante contribution d’un musulman pieux là où ça compterait vraiment, c’est-à-dire dans les pays musulmans si dépourvus au plan de la diversité et du pluralisme des valeurs.
Pourquoi tant de sollicitude à vouloir parfaire les pays européens et nord-américains et si peu pour aider les 57 pays où l’islam règne suprême, où il est dangereux de revendiquer le droit à affirmer une autre foi et plus encore le droit à refuser toute foi. Poser la question, c’est y répondre.
M. Tarik Ramadan s’intéresse uniquement à la propagation de l’islam intégriste comme l’a bien montré Caroline Fourest dans son livre[4] Frère Tarik, le double discours et comme la ville de Rotterdam l’a finalement compris avant de le congédier de son poste de conseiller en multiculturalisme pour duplicité. Ramadan est le nouveau Saladin, celui qui doit mieux planter l’étendard de l’islam intégriste au cœur de l’occident, non avec l’épée mais avec la religion des droits de l’homme.
Lénine disait que le capitalisme vendrait la corde qui servirait à le pendre.
Pour l’occident, M. Ramadan se contentera d’utiliser la charte des droits et libertés.



Léon Ouaknine
Essayiste, Membre du Conseil interculturel de Montréal
24 avril 2010





[1] Ramadan, a Swiss citizen who preaches that observant Muslims can make an important contribution to pluralistic Western society.  (The Gazette, April 16, 2010)
[2] C’est nous qui soulignons
[3] Salim Mansur, journaliste, Toronto Sun, le 29 janvier 2010
[4] Frère Tarik, Discours, stratégie et méthode de TariK Ramadan, Grasset 2004

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire