dimanche 10 novembre 2013

CHARTE DES VALEURS QUÉBÉCOISES ET ISLAMOPHOBIE





Par une étrange coïncidence, le gouvernement du Québec débat de l'adoption d'une charte des valeurs québécoises au moment même où la France décide d'afficher dans toutes les écoles de la République sa charte de la laïcité. En gros les deux chartes réaffirment certains principes fondamentaux tels qu'on les retrouve dans la déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'ONU en 1948. Mais les deux chartes ont plus précisément pour objectifs de rappeler les conditions assurant le caractère neutre et laïque des établissements publics, seule garantie d'un vivre-ensemble ouvert à tous.

Pourquoi ces deux États estiment-ils soudainement nécessaire et urgent de réaffirmer le caractère laïque de leurs institutions publiques ? La France comme le Québec sont des pays laïques, l'un formellement, l'autre de facto.  Aucun pays ne s'amuse à faire de telles choses sans qu'il y ait de bonnes raisons pour y procéder. Le fait est que depuis plus d'une décennie, non seulement au Québec et en France mais dans tous les pays occidentaux, la laïcité officielle ou de fait, de l'espace public est questionnée, attaquée et même sommée de se transformer pour permettre la résurgence du religieux au cœur des écoles, des hôpitaux et de toutes les institutions de l'État qui font une nation, au prétexte que nier à un individu, l'expression visible de ses convictions religieuses, brimerait principalement les minorités vulnérables.

Cette pression qui ne cesse de croître est portée par des intellectuels, prétendument progressistes, comme Charles Taylor, des intellectuels et des courants politiques oublieux des Lumières, assistés des habituels cancrelats des divers bénitiers religieux et de tous les dévots du multiculturalisme. Les exemples de ce marquage religieux insidieux ou carrément agressif du territoire public sont légions dans la majorité des pays européens et ne cessent de s'imposer au Québec.

Loin d'assurer la paix sociale et la convivialité, ce processus divise et déchire parce qu'il cherche à transformer un espace commun en une juxtaposition  de communautarismes et ce pour une raison bien simple. La laïcité crée un territoire neutre là où elle s'exerce, c'est le lieux commun où chaque personne, adulte ou enfant est accueillie dans sa dimension universelle et non pas en tant que juive, chrétienne, musulmane, hindou, animiste ou athée. Or contrairement à la laïcité, la religion par définition divise, elle sépare clairement le croyant du non croyant, le croyant du croyant d'une autre foi. Le coran ne dit-il pas d'ailleurs que le musulman ne doit pas être l'ami du juif ou du chrétien ? Quant aux autres religions, chacune érige à sa manière de multiples barrières pour maintenir sa "pureté". La religion divise au nom d'un message singulier, la laïcité rassemble au nom de l'universel.

Hélas, la plupart des identités ont une composante d'identité religieuse, heureusement chez les chrétiens et les juifs, à l'exception de groupes marginaux, le marqueur identitaire religieux n'est plus le marqueur par excellence, celui qui définit l'individu. Par contre, chez les musulmans, le marqueur religieux passe de loin avant tous les autres, il passe avant la nationalité ou même la petite communauté dont l'individu est issu. Cette forte prégnance du marqueur identitaire religieux, dont les manifestations doivent être visibles, explique en partie pourquoi beaucoup de musulmans trouvent inacceptables les règles laïques gouvernant les institutions publiques. Chez les juifs ultra orthodoxes également, leur identité religieuse prime tout, mais ils ont résolu le problème en s'excluant délibérément de toutes les institutions publiques, à l'exception d'évènements civiques rares, tels que les élections par exemple. Dès lors ils ne réclament pas la transformation des pratiques laïques des établissements publics. Ils n'accusent pas généralement ces institutions d'arborer un antisémitisme caché, alors que nombre de détracteurs des chartes québécoise et française, insidieusement ou ouvertement laissent entendre que ces chartes sont islamophobes.

Voilà, le mot est lâché ! celui qui exige que le monde s'ajuste à lui, se présente comme victime alors qu'il est l'agresseur. La charte des valeurs québécoises, tout comme la charte de la laïcité ne sont pas islamophobes, elles visent simplement à protéger quelque chose qui fut durement acquis et qui jusqu'à tout récemment bénéficiait d'un fort consensus. L'accusation d'islamophobie est devenue grâce à l'armée des bienpensants, l'arme par excellence pour réduire la seule base qui permette le vivre-ensemble harmonieux de personnes aux multiples origines et cultures, parce que ce qui est commun à tous,  ne peut s'exprimer sans offense ni danger pour quiconque, que dans un environnement strictement laïque.


Léon Ouaknine

10 novembre 2013

4 commentaires:

  1. Contrairement à la France qui peut légiférer comme un Pays, Le Québec malheureusement est assailli de l'intérieur et de l'éxtérieur par le ROC multiculturaliste. :(

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