jeudi 1 octobre 2015

L'ERREUR DE L'OCCIDENT





J'ai toujours pensé que dans notre désir de nous affranchir de l'arrogance suprématiste qui a longtemps caractérisé l'occident dans son rapport contemporain avec les autres cultures, nous allions dans la bonne direction mais en commettant une erreur fatale. Après la deuxième guerre mondiale et ses horreurs raciales, il fallait mettre à terre une fois pour toute le mythe de la supériorité de l'homme blanc et celui de la supériorité du message christique sur les autres religions. C'était la bonne chose à faire et elle fut faite. Si le monde pouvait être perçu comme un rapport entre oppresseurs et victimes, il s'ensuivait la nécessité d'un redressement de la balance éthique tant au sein de l'occident que dans le rapport de celui-ci avec la périphérie de l'époque. Ce fut la charge et l'honneur de la gauche progressiste que d'avoir voulu cette justice élémentaire. Les penseurs, philosophes, écrivains, journalistes élaborèrent de facto un cadre mental où la notion de victime et de réparation des torts devint le creuset conceptuel d'où tout regard sur le monde et toute réflexion devait tirer sa substance. Ce fut le cas pour les luttes ouvrières et pour les démunis requérant une plus grande protection sociale. Moralement, c'était la chose à faire et le combat fut d'autant plus aisé que la guerre froide incitait les classes possédantes à lâcher du leste. Vis-à-vis du monde périphérique devenant de moins en moins périphérique, une étrange chose se produisit. Les autres peuples n'avaient pas la même religion, la même culture, les mêmes valeurs que l'occident; celui-ci trainait la culpabilité d'avoir dominé les autres, alors que cette domination avait reposé sur la supériorité des armes et non sur une prétendue supériorité civilisationnelle. Si par définition aucun système de pensée n'était moralement supérieur aux autres, il s'ensuivait que tous les systèmes de valeurs, toutes les cultures étaient égales puisque tout dépendait de la perspective de l'observateur. Tout était relatif. Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà clamait déjà Pascal. Je prétends que l'erreur, peut-être fatale, de l'occident, fut d'avoir gobé l'idée d'une équivalence des valeurs, d'avoir au plan moral perdu la foi  dans sa vérité, d'avoir accepté que les comportements des immigrés soient jugés à l'aune de leurs propres valeurs et traditions, même lorsque celles-ci étaient barbares et incompatibles avec les fondements de la morale occidentale. Je prétends que les valeurs occidentales issues des Lumières ont une assise éthique universelle parce que confortée par la raison et non issues de traditions hostiles à la souveraineté de l'homme sur lui-même. Lorsqu'on accepte le relativisme moral par peur d'attenter au bien-être spirituel de la supposée "victime", on accepte que des prêches insistent sur la dominance de l'homme sur la femme, on accepte que des femmes prêtent serment en niqab, on accepte que les règles de laïcité soient violées ouvertement ou subrepticement, bref on accepte l'inacceptable. Cette démission est advenue sans que les élites intellectuelles ne réagissent à l'exception de quelques braves, traités de racistes, d'islamophobes et autres jolis noms d'oiseaux.  Ce processus insidieux, Georges Orwell le décrit en avril 1940 à partir d'une cruelle expérience qu'il fit avec une guêpe qui aspirait la confiture de son assiette. Orwell attrapa la guêpe, la coupa en deux; la guêpe continua d'aspirer la confiture, celle-ci  sortant de ses boyaux sans que la guêpe y prête attention. C'est seulement quand la guêpe essaya de s'envoler qu'elle réalisa que quelque chose de terrible lui était arrivé. Orwell ajouta que la même chose était advenue à l'homme moderne, la chose qui avait été coupée chez lui à son insu, était son âme. L'homme avait coupé la branche sur laquelle il s'appuyait, la branche de l'éthique absolue et il était tombée dans un marais boueux, le relativisme des valeurs ! Le danger vient moins de nos ennemis que de nous-mêmes.


Léon Ouaknine
1er octobre 2015