vendredi 19 mai 2017

LA LAÏCITÉ : SEUL REMPART CONTRE LA BARBARIE COMMUNAUTARISTE



La laïcité n’est pas un état naturel de l’organisation des communautés humaines. Elle n’advient que lorsque l’État parvient à se dégager de sa gangue ethnique originelle en définissant un corps de citoyens sans références aux notions de religion, de race, de sexe, de genre ou de sang.

Historiquement, il n’existe pas à ma connaissance de collectivités nationales qui, lors de leur constitution plus ou moins formelles, ne se soient appuyées d’une quelconque façon sur des mythes religieux. Nombre de philosophes vont jusqu’à affirmer qu’il ne peut y avoir de morale, c’est-à-dire de codification éthique des rapports entre humains, sans fondement religieux. Les faits historiques infirment cependant cette croyance quant à l’impossibilité d’une morale indépendante de toute religion, même si cette conviction demeure toujours fortement ancrée non seulement au sein de la population mais aussi chez une large fraction de ses élites intellectuelles. Le représentant le plus marquant de cette tendance aujourd’hui est le philosophe Charles Taylor.
Si le modèle d’une société fondée sur un socle religieux est toujours très répandu, les États réellement laïques, sont par contrecoup rares, parce que la laïcité n'advient historiquement qu’au travers d’un combat souvent féroce à l’encontre de forces religieuses immenses. D’ailleurs les deux premières nations qui ont institué une forme de laïcité, les États-Unis et la France, l’ont fait à l’issue de révolutions sanglantes.
Il existe aujourd’hui 4 types de laïcité formelle, (française, américaine, turque, soviétique). Nous n'en examinerons que deux reposant sur des philosophies divergentes :

La laïcité à la française : Laïcité non adjectivée. Séparation radicale de la Religion et de l’État. L’espace public sous l’égide de l’État est libre de toute religion. L’État est seul garant de l’intérêt universel.  (Article 28 de la loi du 9 décembre 1905 : Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit. À l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions)

La laïcité ouverte, plurielle, inclusive, positive : Pour faire court, je l'appelle la laïcité-hallal pour une raison assez évidente ; partout la remise en cause de la laïcité s'est faite principalement sous la pression de l'islam, bien plus que par pression de toute autre religion. En France ou au Québec, je ne sais plus où, un évêque avait prononcé cette phrase inouïe "grâce à l'islam, dieu est de retour". Dans sa version la plus molle de la laïcité-hallal, Il n’y a pas de mur étanche entre la religion et l’État, toutefois celui-ci ne doit en privilégier aucune. De ce point de vue l’État est neutre, mais pas vraiment laïque ; La loi 62 en est un bon exemple.

La laïcité, stricto sensu, s’appuie sur deux principes philosophiques et un mode d’organisation politique de la vie en société.

1.      Le premier principe philosophique « La raison est l’unique clé de l’universel » est issu directement des Lumières, dont je rappelle brièvement les valeurs dominantes qu’elle promeut : rationalisme, humanisme, contrat social, basées sur la conviction que seule la raison permet de discerner la vérité et qu’aucune connaissance non triviale ne peut être obtenue autrement que par l’exercice de celle-ci. Ce principe date de l’époque où on opposait la raison à l’obscurantisme et même à la barbarie de la religion. On pensait qu’avec l’usage systématique de la raison, un âge d’or allait s’ouvrir quant à la compréhension et la maitrise, et de la nature[1] et du rapport[2] entre les hommes.

2.      Le deuxième principe fut énoncé par Condorcet, et porte sur la souveraineté individuelle. « L’individu n’a aucune raison de faire confiance, de croire sur parole : car seul le vrai a valeur d’autorité et hors de l’usage de la raison, il n’existe pas de critère absolu du vrai ; dans ces conditions l’État devra faire le maximum pour armer les citoyens contre l’erreur. Tel est au fond le rôle de l’école publique. Tel est aussi le rôle de la loi qui est là pour protéger l’instruction, pour écarter les pouvoirs, toujours suspects, autrement dit pour garantir l’indépendance de chacun ».

En d’autres mots, la laïcité requiert le refus de toute ingérence religieuse, partout où l’État doit intervenir et prioritairement au niveau de l’éducation des enfants, car ils sont éminemment malléables et on doit les protéger.

L’École est donc le cœur de cible de la laïcité, bien avant toutes les autres institutions. Voici une partie d’un discours prononcé par Jean Jaurès en 1888 en présentant l’instituteur comme le fondateur de la Nation et le gardien de la laïcité. (Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire, à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confèrent, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fermeté unie à la tendresse…. Je dis donc aux maîtres pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque, d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.). Ces instituteurs furent appelés « Les hussards noirs de la République ».
Imagine-t-on aujourd’hui, le Premier Ministre Philippe Couillard adresser une telle lettre à tous les instituteurs et institutrices du Québec ?

L’école, tant au primaire qu’au secondaire a dès lors 3 rôles essentiels :
a)     Transmettre les connaissances
b)     Développer l’esprit critique de l’élève, condition première de toute pensée indépendante.
c) Former au travers de cours d’instruction civique, les futurs citoyens, dépositaires fondamentaux de l’autorité politique de toute collectivité humaine, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

En décembre 1905, l’adoption de la loi de séparation de l’Église et de l’État en France, résulta d’un compromis pour réduire les tensions entre des forces antagoniques qui déchiraient le pays. Ce compromis au plan de l’école prit la forme d’un jour de congé scolaire durant la semaine, pour permettre aux parents qui le désiraient de donner une éducation religieuse à leurs enfants.
À ces principes philosophiques qui touchent à la nature de la laïcité, s’ajoute un principe d’organisation de la société que Catherine Kintzler, une spécialiste de la laïcité définit ainsi : « L’abstention absolue de la puissance publique en matière de croyance et l’exclusion des communautés de la formation de la loi sont les deux versants d’un État laïque où la laïcité est une condition quasi-transcendantale de la sphère publique »[3]
Le premier élément va de soi, l’État n’a rien à voir avec les croyances des gens.
Le deuxième est particulièrement significatif, car il dit essentiellement que l’État ne reconnait que les citoyens, pas les communautés et n’a pas à consulter celles-ci dans l’élaboration des lois ni a fortiori dans leur application. De ce fait, la laïcité est antinomique de tout communautarisme et conséquemment du multiculturalisme, à distinguer évidement de la diversité ethnique.
Il n’en reste pas moins que la laïcité est toujours sous tension, vulnérable, la bataille n’est jamais achevée. On le voit bien au Québec avec la loi 62 et surtout avec la notion d’accommodement raisonnable. Je reviendrais sur ce point plus tard. Même en France, malgré le bouclier constitutionnel, le grignotage est incessant. Ainsi, en juillet 2016, un document de travail de l’institut Montaigne, un think-tank proche des cercles du pouvoir et en particulier du nouveau président de la République Française, intitulé « L’islam français : le connaître, l’organiser - Présentation des recommandations au Comité directeur de l’Institut Montaigne ». Le rapport recommande deux choses : « l’aggiornamento de la loi de 1905 » et « l’extension du Concordat sur tout le territoire ». Les rédacteurs considèrent que la loi de 1905 n’est plus adaptée à la situation actuelle de la France. Toujours selon ce document, la laïcité pourrait faire l’objet d’une actualisation en procédant à la « nationalisation » de tous les édifices cultuels construits entre 1905 et aujourd’hui en France, pour les soumettre au même régime juridique que les édifices cultuels antérieurs à 1905 ». Plus loin encore, ce document préconise « l’abrogation de la loi de 1905 et la révision en profondeur de la constitution, par la création d’une politique publique religieuse prenant en charge les nouveaux cultes - notamment islam et évangélisme... La puissance publique finance, organise et contrôle ces cultes ».
Je suis certain qu’une telle recommandation ne passera jamais, mais le simple fait qu’on puisse la penser et l’écrire en dit long sur la volonté de certains cercles influents en France de mettre à mal la laïcité.

Le Québec n’est plus ce qu’il était

Je suis arrivé en 1968. Je me souviens d’un Québec en effervescence, on sentait l’histoire se faire, un peuple affirmait son désir d’être lui-même, la fierté et l’enthousiasme étaient contagieux, un vent nouveau soufflait porté par une incroyable créativité culturelle et un bouillonnement d’idées. On avait le sentiment que tout était possible.
Aujourd’hui, l’émotion que j’éprouve, c’est celle d’une déroute de la pensée, de la défaite des forces réellement progressistes. Aujourd’hui, la passion est morte ou alors, c’est une passion triste. Le climat a changé, il n’y a plus de rêve, l’ardeur à bâtir un pays s’est essoufflée.
Pourquoi ? Il y a évidemment plusieurs causes mais je me limiterais ici à ausculter ce qui a dérapé pour l’un des enjeux les plus essentiels de la société : la lutte pour la laïcité.

Les 9 entraves à la laïcité au Québec

Au Québec, la philosophie qui a présidé à la déconfessionnalisation des diverses institutions publiques et notamment des écoles, relève d’une laïcité inspirée du modèle français. Jusque vers le début des années 90, rien ne semblait arrêter le mouvement de laïcisation de facto du Québec. Le consensus social semblait unanime.
Mais vers la fin des années 1990, les choses ont commencé a sérieusement déraper, dû à une multiplicité de facteurs négatifs dont la jonction a surdéterminé le résultat final. Il s’agit de ce que j’appelle les 9 entraves spécifiques, que je vais brièvement énumérer.

1.     Le multiculturalisme, imposé à marche forcée au Québec par le ROC (Rest Of Canada) et l’évidente complicité de plusieurs partis politiques québécois, est antinomique d’une conception laïque de la société, car il porte en lui le communautarisme comme la nuée porte l’orage, pour paraphraser ce que disait Jean Jaurès au sujet du capitalisme. Mais le multiculturalisme n’aurait pas pu s’imposer si fortement s’il ne s’appuyait pas sur la charte canadienne des droits et libertés.

2.     La prééminence du droit à la différence. C’est justement la charte canadienne qui a permis l’éclosion de la mouvance diversitaire.  La revendication permanente d’un droit à la différence, menant directement à une différence des droits en lieu et place d’une revendication d’égalité des droits et devoirs pour tous. On en est arrivés à cette incroyable inversion des valeurs, que la mouvance diversitaire ne lutte plus pour avoir les mêmes droits mais pour exiger des accommodements spécifiques à chaque groupe. Dans ce contexte, l’idée d’une identité nationale se dissout totalement et ne renvoie qu’à un mélimélo de groupes disparates. Il n’y a plus de lieu universel où ce qui compte c’est ce qui est commun, ce qui rassemble et non ce qui différencie, le lieu universel est laïque par excellence, lieu où tous en tant que citoyens se rencontrent pour parfaire la cité commune.

3.     Les accommodements dits raisonnables. Ce droit à la différence et à l’authenticité, basée sur la conviction de conscience, essentiel critère utilisé par la cour suprême pour valider au nom de la charte des droits et libertés des demandes qui souvent heurtent la conscience morale et certains principes démocratiques, ce droit à la différence donc, est le ferment qui délite peu à peu le lien qui doit rassembler et unifier une société, lorsqu’il sert de base à une communautarisation des droits. Le terme d’accommodement est un élément de langage pour faire passer nos renoncements pour des négociations et c’est sans fin. On commence par le foulard pour ensuite refuser des cours de gymnastique et de biologie (Fatiha Boudjahlat).

4.     L’antiracisme, une dérive devenue folle. En occident, et j’inclus évidemment le Québec, après 30 ans d’antiracisme forcené, conceptualisé par une caste intellectuelle occupant pratiquement toutes les strates universitaires, et dont la parole est devenue le code obligatoire pour penser juste d’une autre caste médiatico-politique celle-ci, il était devenu impossible, sans se faire traiter de raciste, d’affirmer ouvertement certains faits d’évidence, tels la dangerosité de versets du coran justifiant l’islamisme, la folie d’une politique migratoire dont aucune justification ne tient la route ou tout simplement le refus d’accepter que l’encadrement et l’enseignement soient donnés par des femmes voilées. Imagine-t-on un curé en soutane donner aujourd’hui un cours à l’école primaire ou secondaire ? Qui croira une seule seconde que la communauté musulmane trouverait cela acceptable ? Tout ceci nous a doucement amené à vivre avec un système de 2 poids 2 mesures. J’en donnerais quatre exemples :

a.     Les femmes voilées œuvrant dans les CPE (Centre de la petite enfance) agents théoriquement laïques puisque exerçant une fonction éducative importante dans le cadre de programmes publics. Violations du principe de laïcité qui ne dérange nullement Françoise David, l’ex cheffe de QS (Québec Solidaire), en fait un parti zombie phagocyté par les islamogauchistes.

b.     Le Premier Ministre Philippe Couillard qui était évidemment derrière le projet de loi 59, lequel à toute fin pratique réintroduisait la notion de blasphème dans la sphère publique, avec l’aimable soutien de nul autre que Jacques Frémont, ex président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, ce qui en dit long sur l’imposture de cette commission. Couillard qui s’en va clamer à haute voix Allah Akbar dans une mosquée, foulant aux pieds, non seulement la laïcité mais même le minimum de réserve auquel le premier magistrat du pays devrait être tenu dans ses rapports avec les religions.

c.      Enfin la création heureusement mise au rancart, d’un comité sur le racisme systémique des Québécois, dont plusieurs membres, tous nommés par la ministre de la justice Katherine Weil, sont allés récemment accueillir une raciste patentée, venue de France pour prodiguer la bonne parole, Houria Bouteldja, porte-parole là-bas du Parti des Indigènes de la République.

d.     Les cours ECR (Éthique et Culture Religieuse) obligatoires sans références aucune à l’incroyance comme position philosophique et dont l’effet auprès des petits enfants est de les amener à penser que l’état naturel de l’enfant est d’appartenir à une religion.

5.     La révérence à l’égard du religieux. Du fait de son ancien ancrage dans le catholicisme, il existe toujours au Québec, un traitement préférentiel des religions et conséquemment injuste, pour reprendre les termes du philosophe François Doyon, à l’égard des autres composantes de la société, dont la laïcité, pourtant voulue par une majorité de la population. Quelques exemples :

a.     Les accommodements insupportables touchant aux rapports homme/femme dans diverses institutions publiques.

b.     La position de la ministre de la justice Stéphanie Vallée au sujet de la loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État « Ce n’est pas une loi sur le linge » pour ridiculiser ceux qui soulignaient que se voiler était un signal identitaire prônant l’exclusion et non l’inclusion, doublé d’une prise de possession symbolique du territoire québécois, pour que les émules québécoises de Tarik Ramadan puisse dire dans quelques années, à l’instar de ce qu’il fit en France : le Québec est de culture musulmane !

c.      Le cas des écoles juives illégales. 700 enfants juifs ultra-orthodoxes sont maintenant scolarisés à la maison sous la supervision de la commission des écoles anglophones. Or cette commission ne procède que très rarement à de véritables examens de contrôle des connaissances ; une façon de camoufler l’abandon par l’État de ces enfants au vouloir communautaire religieux.

6.     Le désenchantement vis-à-vis du pouvoir souverain de la raison depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, lorsqu’on a pris plus fortement conscience que tout progrès portait en lui également le germe de futurs désastres. Les anti-Lumières avaient dès le début, pointé du doigt que la raison ne pouvait pas être garante du bonheur de l’humanité, parce qu’aucun être humain n’est un pur sujet cartésien. Aujourd’hui un des plus éminents représentants du mouvement des anti-Lumières, le philosophe Charles Taylor, a eu une influence énorme sur les élites intellectuelles anglo-saxonnes mais également au Québec, où il est encensé. Les thèmes anti-lumières que l’on retrouve chez Taylor sont : la disqualification de la raison au profit de la révélation, un préjugé systématique pour la reconnaissance des particularités traditionnelles ou culturelles (pro-multiculturalisme) au détriment du contrat social à visée universelle, la conviction que l’humain est incapable de définir les normes morales par lui-même et pour lui-même et qu’il faille s’en remettre à un ordre transcendant ou divin pour définir le bien et identifier un objet de respect inconditionnel. Il faut souligner à cet égard les prises de position sans équivoque de Taylor contre la laïcité qu’il qualifie toujours de « radicale ». (Marie-Michelle Poisson) et finalement il tient un discours de dénigrement systématique de la modernité issue du rationalisme à laquelle on reproche le « désenchantement du monde », les atrocités du siècles dernier, l’absence de repères moraux et l’individualisme outrancier.  

7.     L’effondrement de l’école

a.     Toute personne honnête doit pouvoir constater objectivement ce fait. La volonté de réduire l’exclusion a amené tous les niveaux scolaires à diminuer leurs exigences ; ce qui aboutit à un niveau ahurissant d’illettrisme fonctionnel. Cet illettrisme camouflé sous des diplômes parfois universitaires n’aide pas à la résorption des fractures sociales, mais surtout ce qui manque, c’est l’absence quasi-totale d’apprentissage à la pensée critique, indispensable au citoyen averti. Qui aujourd’hui encourage les étudiants à penser par eux-mêmes ? « Sapere aude ! » [Aie le courage de penser par toi-même].  Pauvre Kant, il doit se retourner dans sa tombe. 

b.     Exemple récent de requête d’une mère : « Qu’on cesse de demander aux écoliers des présentations orales, car ça les stress !» Mathieu Bock Côté, un remarquable intellectuel québécois, répondait avec humour « Pourquoi ne pas abolir non seulement les cours mais l’école elle-même !»

c.      Cours d’histoire réduits à une peau de chagrin, cours pourtant indispensables à l’idée de transmission de toute culture d’un peuple enraciné depuis des siècles dans des temps, des lieux et des circonstances spécifiques.

d.     Au lieu de l’histoire et de la réflexion, on a hérité des cours ECR (Éthique et Cultures Religieuses) obligatoires, qui légitiment l’idée que la religion est une dimension inhérente à toute culture. De plus, on présente les religions comme une réalité dépourvue d’épines et de monstruosités, et évidemment on y ignore délibérément l’existence de l’incroyance comme choix philosophique d’une part significative et grandissante des Québécois. Position d’une extrême gravité lorsqu’une personne en autorité diffuse un tel message à des enfants. Charles Taylor vantait ces cours, en disant que s’ils avaient existé une génération avant la commission Bouchard/Taylor, celle-ci n’aurait pas été nécessaire.

8.     La haine du nationalisme. On a été abreuvés depuis des décennies du slogan de Mitterrand, « Le nationalisme, c’est la guerre ». Ce fut même un thème en filigrane de la campagne d’Emmanuel Macron en France et une vérité première pour Philippe Couillard. Le nationalisme est présenté comme équivalent du racisme, du refus de l’autre, de l’enfermement, autrement dit du rance. Résultat, on confond nationalisme mortifère avec l’indéracinable sentiment d’un destin partagé qui est au fondement de toute collectivité humaine structurée en communauté nationale ; faut-il rappeler ce que disait la philosophe Simone Veil « L’enracinement est le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine », c’est ce qui fonde l’irrépressible besoin identitaire au fondement de tous les peuples. Par contre pour les mondialistes, il n’existerait plus que le grand large, l’horizon illimité, sans frontières, ouvert à tous de la planète. Quelle farce, un simple regard sur les temps historiques et sur le présent, montre à quel point cette vision angélique est totalement déconnectée du réel, comme si la fin de l’Histoire était réellement advenue, comme si les peuples et les cultures n’étaient que des idées obsolètes sans conséquences. Un tel déni de l’existant n’est pas accidentel, il a pour objectif de formater les esprits pour les rendre compatibles avec la forme de multiculturalisme voulu par ceux qui ont présidé au consensus de Washington en 1991. Cela correspond très exactement aux intérêts de l’hyper-classe mondialiste, dont les jeunes leaders sont formés dans des groupes très sélects, tels la French-American Foundation-France qui a développé un programme « Young Leaders » dont plus de 400 membres des élites françaises dont François Hollande, Emmanuel Macron et Édouard Philippe [nouveau PM français], sont diplômés avec un certain nombre d’américains dont Bill et Hillary Clinton. Qui ne voit pas que cette vision multiculturaliste a pour fin de dissoudre tout pouvoir politique national, autrement dit d’annihiler l’expression identitaire des peuples, au profit d’une pure vision consumériste de l’humain. Et s’il n’y a pas de pouvoir politique local et national, comment imaginer une société laïque, car celle-ci ne peut exister que lorsque l’État, instance politique par excellence, définit un secteur protégé des assauts communautaristes et religieux. C’est vrai pour tous les peuples, pour le peuple français comme pour le peuple québécois.

9.     L’islamisme de combat. J’ai gardé le danger le plus grave, le plus sournois, le plus empoisonné pour la fin. C’est ce danger qui potentialise tous les autres et qui ne peut être bloqué que par la force et la détermination ; vertus hélas peu fréquentes. Je veux parler évidemment de la présence grandissante d’un islamisme de combat, déterminé à tester dans tous les domaines jusqu’où ses membres peuvent aller pour imposer des accommodements dits « raisonnables », au nom de la charte canadienne des droits et libertés, instituée en 1982. Cette approche fut théorisée par Tarik Ramadan qui considérait le Canada comme un pays rêvé pour ça. Ce nouveau totalitarisme qui se réclame de dieu compte sur ceux qui se réclament des droits de l’homme, les « faux amis de la laïcité et autres idiots utiles » pour avancer masqué lorsque nécessaire. Je range parmi ceux-ci Québec Solidaire, toute la galaxie bien-pensante, et tous ceux qui se réclament de la laïcité pour mieux l’abattre comme AMAL-Québec (Association des Musulmans et des Arabes pour la Laïcité au Québec). C’est ce qu’on appelle l’inversion des normes.

À terme ces entraves transforment la laïcité en contre-sens. Si on ne se ressaisit pas, la laïcité ne relèvera bientôt que de la nostalgie.
Quête identitaire et citoyenneté en milieux pluralistes sont par nature presque antagoniques, car l'une relève de biais cognitifs et inconscients extraordinairement puissants, centrés sur l'appartenance de l'individu à un particularisme, son groupe, qu'il soit de nature ethnique, religieuse, nationale ou autre, tandis que l'autre s'appuie sur la raison, par nature universelle.
Jonathan Haidt un chercheur am
éricain a ramassé cette tension entre l'énorme poids des automatismes de l'inconscient face à une raison universaliste continuellement manipulée (rationaliser n'est souvent qu'un subterfuge pour justifier ses biais cognitifs) sous la forme d'une métaphore "Le cavalier et l'éléphant", métaphore confortée par Daniel Kahneman (prix Nobel) dans sa distinction des deux systèmes cognitifs de l'être humain (système 1 et système 2).
L'
éléphant représente le non-dit, l'inconscient, les pulsions, les automatismes, etc. Le cavalier représente la raison, le libre-arbitre, la volonté.
La qu
ête identitaire est inscrite en énormes commandements inconscients chez l'éléphant (l'homme est un être social jusqu'à la moelle des os) alors que la raison et la reconnaissance de l'universalité de l'homme relève du cavalier.
On est toujours victime de l'illusion d'un "Je" cart
ésien, tout puissant ; grossière erreur ! 
Le cavalier essaie de contr
ôler l'éléphant mais celui-ci finit presque toujours par gagner grâce aux biais cognitifs. 

Si je devais résumer l’essentiel de ce profond sentiment de désenchantement et même de déroute, je dirais : ce qui assurait avant cette si forte identité du Québec, c’étaient évidemment sa religion catholique et sa langue française qui faisaient de cette collectivité, un peuple absolument distinct de son oppresseur. Ce peuple pouvait subir toutes les avanies possibles et imaginables, son identité était irrécusable, protégée par l’armure de l’Église et le fait que si l’anglais était la langue dominante, elle ne disposait pas à l’époque de cette suprême souplesse de pénétration que les moyens modernes de communication et les réseaux sociaux lui offrent aujourd’hui.
Avec la révolution tranquille, le Québec s’engagea sur une pente glissante ; il abandonna la religion mais surtout se débarrassa de l’Église qui était un affreux carcan mais offrait une formidable protection identitaire. Il s’ouvrait au monde et avec la globalisation, sa culture propre allait s’effriter sous l’immense pression de la lingua franca de notre temps, l’anglais, porté par l’hyperpuissance américaine.
Qu’est-ce qui reste alors aujourd’hui qui permettrait à la collectivité québécoise de revendiquer une identité distincte ? Trois choses seulement :

§  Sa langue, si elle la défend avec suffisamment de force

§  Sa culture, si elle retrouve la fierté d’elle-même en redonnant à l’enseignement de l’histoire, une place prépondérante

§  Sa charte de la laïcité qui demeure une très profonde aspiration de la majorité des Québécois.

Et comment défend-t-on sa langue et sa culture, si ce n’est d’abord et avant tout au travers de l’école, de l’éducation !

Sommes-nous à la hauteur de ces exigences ?

Assez tristement, j'en arrive à la conclusion qu’il est très difficile pour une société laïque de durer longtemps si elle n'est ancrée que sur les prescriptions de la raison. C’est pourquoi, elle a besoin de s’appuyer sur le ciment du peuple, et ce ciment, c’est son identité particulière.
Cette identité précède toujours son type d’organisation.
C’est la raison pour laquelle, je crois que l’expérience de réingénierie que le Canada poursuit depuis Pierre-Elliot Trudeau est vouée à l’échec mais que le Québec, lui, peut subsister s’il maintient son identité.


Léon Ouaknine
Novembre 2017


[1] Le déterminisme absolu de Pierre-Simon marquis de Laplace, répondant à Napoléon, que Dieu n'était nullement nécessaire à l'univers pour fonctionner. "Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse ».
[2] Traité de paix perpétuelle de Kant.
[3] Catherine Kintzler.  « Qu’est-ce que la laïcité »  Paris Vrin, 2007.