samedi 30 septembre 2017

NOTRE MONDE EST-IL VRAIMENT VIDE DE SPIRITUALITÉ ?










Michel Onfray a écrit un nouveau livre "Miroir du nihilisme : Houellebecq, éducateur"
Interviewé par le Figaro, Michel Onfray revient sur sa conviction "qu'une civilisation n'est possible qu'avec une spiritualité qui la soutient et qui, elle-même, découle d'une religion. Depuis que le monde est monde, c'est ainsi. L'Histoire témoigne.
Elle témoigne également qu'il n'y eut pas de civilisation construite sur l'athéisme et le matérialisme qui, l'un et l'autre, sont des signes, voire des symptômes, de la décomposition d'une civilisation - je le sais au premier chef puisque je suis athée et matérialiste… On ne lie pas les hommes sans le secours du sacré."
Je reste, moi, écartelé par ce dilemme. 
D'un côté, comme Onfray, je ne crois en aucune transcendance, je suis athée. D'un autre côté, sans le secours d'un sens immensément plus grand que soi, on est condamné à vivre médiocrement et si l'on est stoïcien, on accepte l'inévitable, alors que l'homme passionné le refusera. Contrairement à Onfray, je crois que jamais notre monde n'a été plus habité de spiritualité que maintenant, sans transcendance mais avec un sentiment plus aigu de notre obligation vis-à-vis de notre prochain, qu’il soit proche ou lointain, notre conscience humaine est devenue planétaire et nous ressentons tous une certaine honte lorsque des humains souffrent quelque part sans que nous agissions. Certains diront que cette plus grande fraternité ne remplace nullement le sentiment mystique de faire un avec la totalité, mais alléger un peu le malheur des autres n'est pas rien. 
Mais, plus que l'absence de religion, c'est l'oubli du rapport avec l'autre et de la nécessité d'une identité partagée, besoins inhérents à la condition humaine, qui délitent notre être et ce que nous sommes. On ne peut vivre que par la grâce de l'autre, de l'autre suffisamment proche pour qu'on se reconnaisse en lui, de l'autre avec qui on a bâti au fil des générations une solidarité enracinée au travers des joies et des souffrances communes. 
Pour reprendre la forte expression de Franz de Waal, "l'homme est un animal social jusqu'à la moelle des os". Or lorsqu'une société se conçoit surtout comme une machine économique, quelque chose se brise, nous sommes condamnés à n'être que de simples consommateurs et non plus des êtres humains en charge d'eux-mêmes bien au-delà des simples satisfactions matérielles. 
Pour combler le recul de la religion, chaque société doit se donner quelques buts exaltants. Je pense à l'immense élan que René Lévesque avait insufflé au Québec, je pense à l'irrévocable décision des Juifs au sortir de la Shoah de ne plus jamais se laisser amener à l'abattoir comme des moutons, je pense à l'urgence d'élucider le réel, à l'exaltante passion de comprendre l'univers, de connaître, de regarder la voute étoilée en en saisissant l'immense complexité et son étrange beauté. 
Pour moi, cela vaut bien plus que tous les phantasmes religieux.