mardi 3 octobre 2017

POURQUOI RAISONNONS NOUS ?





                                       


Les philosophes Annie-Ève Collin Perso et François Doyon ont tous deux abordé sur Facebook et dans l'excellent journal en ligne "discernement.net" le thème général de la critique du jugement d'autrui et de la notion de vérité.
Je ne reviendrais évidemment pas sur leurs articles, ils sont remarquables; le point que je veux brièvement examiner est celui que deux chercheurs français du CRNS Hugo Mercier et Dan Sperber abordent dans un article "Why do Human reason ? Arguments for an argumentative theory" publié dans le journal BEHAVIORAL AND BRAIN SCIENCES (2011) 34, 57111 doi:10.1017/S0140525X10000968, et dans un ouvrage récent "The enigma of Reason" (Harvard University Press, 2017). Hugo Mercier et Dan Sperber examinent à la loupe ce que peuvent bien recouvrir les termes de raison et de raisonnement.
Nous sommes tous naturellement convaincus que nous raisonnons pour découvrir la vérité, or selon Hugo Mercier et Dan Sperber, c'est faux, nous raisonnons pour faire valoir notre point de vue ou démontrer la fausseté du point de vue de notre interlocuteur, en argumentant, non pour faire émerger la vérité mais simplement pour gagner. Bien sûr, il faut convaincre et plus la suite d'arguments semble logiquement construite, plus on a de chances de surpasser l'adversaire si sa suite d'arguments est moins bien ficelée. Le raisonnement argumenté serait apparu du fait d'une pression sélective, (il valait mieux gagner avec des arguments plutôt quà coups de poing). Pour emporter l'adhésion des autres, la logique est souvent insuffisante, il vaut mieux croire passionnément à ce quon dit plutôt que d'énoncer des vérités probables avec un air incertain. Cette disposition naturelle expliquerait en partie la très forte prégnance du bais de confirmation chez tout être humain. Il est en effet très rare quune personne veuille se creuser les méninges pour aider son adversaire à trouver de meilleurs arguments que les siens, même en suivant les règles des échanges policés suggérées par le philosophe des sciences Daniel Dennett, comme nous le rappelle François Doyon. 
Des tas de recherches ont montré comment on s'invente continuellement de fausses raisons pour justifier ses décisions. 
Je ne vais pas faire ici une recension du livre, mais simplement dire que selon Hugo Mercier et Dan Sperber, l'homme s'est développé de telle sorte que le mécanisme de biais de confirmation sest inscrit littéralement dans notre cerveau pour cause de biologie évolutionniste, de la même façon que nous avons tous, du fait de la façon dont notre mode de vision est construit, une zone aveugle avec chaque oeil dont nous sommes totalement inconscients, persuadés que lorsque avec le mouvement de notre tête, nous balayons un angle de 180° de vision, nous percevons tout automatiquement. Or c'est faux. 
Le biais de confirmation repose sur d'autres mécanismes qu'une mauvaise construction des circuits du cerveau et relève plus probablement de mécanismes liés au type type de socialité d'Homo sapiens. 
Est-ce à dire qu'il nous est impossible de s'appuyer sur le raisonnement pour cerner la vérité de plus près ? 
Évidemment non, mais la seule voie avérée pour mettre entre parenthèse notre biais de confirmation, est la démarche scientifique, car elle seule obéit à des règles de réfutations (falsifiabilité) que Karl Popper a popularisé. Ce qui nous contraint à exclure de la recherche de la vérité un large champ de connaissances ou plutôt de pseudo-connaissances, tels le marxisme ou la psychanalyse, puisqu'elles sont non falsifiables. 
J'encourage à cet effet tout le monde à lire les articles D'
Annie-Ève Collin Perso et de François Doyon dans discernement.net, car ils illustrent à merveille les sophismes absurdes des féministes intersectionnelles.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire