mardi 3 octobre 2017

UNE SPIRITUALITÉ SANS TRANSCENDANCE EST-ELLE POSSIBLE ?




       



Suite à une réflexion de Michel Onfray, les deux questions clés de mon précédent billet, à savoir la possibilité d'une civilisation aux assises non religieuses et son corollaire la possibilité d'une spiritualité non religieuse, ont suscité beaucoup de commentaires.
En ce qui me concerne, j'aborde habituellement ces questions à partir de la biologie évolutionniste, sans toutefois m'y retreindre.
Une des plus merveilleuses qualités d'Homo sapiens, fut indubitablement sa capacité à détecter des patterns dans son environnement, ce qui contribua de façon décisive à sa survie et à son expansion. Hélas un cadeau ne venant jamais sans contrepartie, Homo sapiens a également développé une capacité tout aussi prodigieuse à voir des patterns qui n'existent pas, comme lire l'avenir dans les entrailles d'un boeuf qu'on vient d'égorger, entendre des voix là où il n'y a que le bruissement du vent, ou croire qu'un ange dénommé Gabriel vous dicte les volontés d'une puissance surnaturelle. Erreurs, mais compréhensibles, il valait mieux qu'Homo sapiens voit dans la nature des dangers imaginaires plutôt que de prendre le risque de ne pas décoder un vrai danger et de risquer ainsi une mort prématurée. 
Ces croyances au fil du temps, deviennent des principes d'actions ou guides de comportements. 
Mais cette capacité à imaginer le futur et à se projeter dans l'avenir inévitablement mène à une forme de désamour du présent ou plutôt à une inadéquation perpétuelle d'Homo sapiens avec son état. En un mot, pour reprendre la forte expression d'Aldous Huxley, l'homme est comme "une cheville ronde dans un trou carré". Il est par essence angoissé. Une souffrance que le constat de sa finitude rend insupportable et incite à la fuite vers un univers fantasmagorique, là où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté (merci Baudelaire), autrement dit le bonheur absolu, éternel. Un univers qu'Homo sapiens qualifiera de spirituel pour le contraster d'avec cette énorme rage de dent qu'est l'existence.
La spiritualité est donc de mon point de vue, cette quête irrationnelle d'un autre monde, hors de ce monde, pour mettre fin à "l'angoisse métaphysique".
On comprend évidemment alors pourquoi pour la plupart des gens, le terme spiritualité rime avec transcendance et divinité.
Peut-il exister alors une spiritualité non religieuse ? Cela signifierait une quête visant à transformer l'angoisse existentielle en une sorte de paix intérieure. Les stoïciens sont l'exemple le plus achevé qui me vienne à l'esprit, de spiritualité non religieuse, "Amor fati", embrasse les décrets du destin sans amertume, car tu ne peux rien y changer. 
Mais il existe selon moi une autre forme de spiritualité non religieuse, celle de vouloir transformer le monde pour un plus grand bien, en célébrant au contraire notre malaise existentiel, ce cadeau qui nous pousse sans cesse à rejeter notre sort, à être dans la nature, tout en la voulant autre. Cette spiritualité accepte la souffrance, accepte la merveilleuse nécessité d'être une cheville ronde dans un trou carré, car elle est la condition de l'intelligence, de la raison et de l'éthique d'un plus grand bien pour tous. 
Maintenant, est-il vrai comme le prétend Onfray, qu'une civilisation ne puisse perdurer que si elle repose sur un socle sacré qui la légitimise ? 
Je reviendrais sur ce point dans un prochain post.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire