mardi 19 mars 2019

DIVERSITÉ




…. Mais, si quelqu’un par hasard apprenait à la compagnie que j’étais Persan, j’entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement : Ah ! Ah ! Monsieur est Persan ? C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? C’est ainsi que Montesquieu, en voulant ironiser sur le nombrilisme des Parisiens, illustre ce que l’étranger avait d’exotique pour ses contemporains en 1721. On ne rangeait pas encore ceux qui venaient d’un ailleurs culturel ou religieux, sous le grand chapiteau de la diversité.

Diversité signifiait alors selon le Larousse, « le caractère de ce qui est divers, varié, différent ; variété, pluralité : la diversité des goûts ». Aujourd’hui l’encyclopédie universelle Wikipédia nous apprend que ce substantif s’emploie principalement pour désigner soit la diversité du vivant, soit la diversité culturelle, ethnique ou religieuse. C’est évidemment de ce dernier sens que nous allons traiter, sa prégnance s’accroissant quasi quotidiennement au Québec ; ainsi, le ministère de l’immigration d’antan s’est renommé il y a quelques décennies, ministère de l’immigration et des communautés culturelles pour finalement se renommer le MIDI, Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion.

On comprend fort bien l’importance de la problématique diversitaire. Depuis les années 80, le Québec a accueilli environ deux millions d’immigrants, soit un accroissement de 30 % en 40 ans de sa population. Beaucoup d’entre eux ont des origines ethniques et des religions différentes de celles bien établies au Québec. Ce sont ces gens qui forment l’essentiel de ce qu’on appelle la diversité et non tous ceux qui ne seraient pas de souche : en effet, on ne range pas dans la diversité les Québécois anglophones d’origine britannique ; en revanche, on y met toutes les nations amérindiennes. Il saute aux yeux que cette « diversité » comprend peu de gens très fortunés et que la plupart devront passer par les fourches caudines de la pauvreté et du chômage dans leur processus d’insertion, comme l’ont fait pratiquement toutes les vagues d’immigrants venant d’Europe.

Tout comme en France, ce déferlement pose avec acuité la question de l’intégration des nouveaux venus, non seulement pour l’insertion économique mais plus encore pour les valeurs démocratiques et identitaires sur lesquelles la société québécoise, de tradition judéo-chrétienne et héritière des Canadiens français, entend se fonder. Ce point est d’autant plus sensible que l’identité québécoise est fragilisée par deux phénomènes convergents : l’énorme attractivité de la culture anglo-américaine en Amérique du Nord et la politique multiculturaliste du Canada qui depuis Pierre Elliot Trudeau vise à réduire le peuple québécois de souche à une simple communauté culturelle parmi d’autres, alors que ce même peuple entendait avec la révolution tranquille, se réapproprier son destin avec son manifeste « Maîtres chez nous ».

C’est dans ce contexte délicat que la « diversité » devient facilement éruptive parce qu’elle recouvre quelque chose qui refuse de dire son vrai nom, à savoir faire de cette incessante vague migratoire une subtile machine de guerre pour fracturer l’identité nationale du Québec : on invoque le multiculturalisme pour non seulement maintenir sa différence mais aussi pour exiger que le pays d’accueil, le Québec, change de visage et de mœurs. Tout cela sous l’œil attendri du gouvernement fédéral, toujours à la manœuvre.

Dans ces conditions, le mot « diversité » fut rapidement kidnappé par les islamistes et les habituels dévots de la bien-pensance, les zinclusivistes, parce qu’il avait une valeur « stratégique » évidente. Le terme de « diversité » passait mieux que celui de « musulman », vu les vagues d’attentats islamistes frappant tous les pays occidentaux. On ne s’étonnera donc pas de la guérilla anti-laïque orchestrée principalement par les organisations musulmanes au nom de la sacrosainte diversité des croyances, des cultures et des modes de vie. Souvent on accole des vertus particulières à la « diversité ». La diversité, c’est l’ouverture à l’autre, la promesse de tolérance, l’ajout de nouvelles authenticités, l’assurance non seulement d’un vivre-ensemble mais d’un mieux vivre-ensemble. La diversité, c’est magique, comme d’ajouter des richesses nouvelles au fond commun : nouveaux plats, nouvelles musiques et pendant qu’on y est, nouveaux modes d’habillement des femmes, dont voile, hijab, burqa. Derrière ces nouveautés, se profile l’idée de régénération d’un vieux peuple, ne faisant plus assez d’enfants, ouvert sur le monde, au lieu de sentir le moisi, enfermé sur lui-même. La diversité, c’est aussi pour les tenants du marxisme culturel et les fantassins des droits-de-l’hommisme, la promesse d’une aube nouvelle ; les bataillons des nouveaux miséreux remplaceront la classe ouvrière qui décidément a refusé de régler son compte au capitalisme. Pourquoi pas ? Lorsqu’on fait passer des demandes spécifiques au nom de la diversité, ça donne l’impression d’inclure tous les déshérités, dont les premières nations envers qui la société a une dette morale, et tous les immigrants non occidentaux qui ne bénéficient pas du privilège d’être blancs d’origine judéo-chrétienne.

La diversité ethnique ou religieuse en soi n’est ni un problème, ni une richesse. Elle n’est pas un problème comme l’histoire l’a montré lorsque ceux qui revendiquent le maintien de leurs différences, le font dans le respect des lois et de l’éthos du pays ; les Italiens et les Juifs se sont coulés sans trop de difficultés dans le moule du pays, sans renier aucunement leur identité ni leur culture.
La diversité n’est pas une richesse non plus, contrairement à l’affirmation décérébrée, « la diversité, une chance pour le Québec », sinon un pays comme le Danemark se porterait bien mal. Un article récent dans la revue française Causeur sur ce pays est à cet égard instructif ; comme le dit le sociologue Morten Frederiksen « le secret du Danemark, c’est qu’il n’est pas multiculturel, il est culturellement homogène ». Autrement dit, qu’il n’y a pas ou peu d’immigration et/ou que l’assimilation — et non pas l’intégration — y marche très bien. Le Danemark n’est donc pas « riche de ses différences » mais tout le contraire, riche et heureux grâce à l’absence ou à la très grande faiblesse des différences en son sein. » Autres exemples, la Chine, la Corée du Sud, le Vietnam, ces pays loin de s’écrouler en l’absence d’immigration et de diversité, montrent une santé étonnante sur le plan économique sans aucun affadissement culturel. Quant au Japon, bien que son taux de natalité soit très faible, il préfère maintenir sa cohésion culturelle que la risquer avec une immigration (diversité) inassimilable, et à ce jour, grâce à son inventivité scientifique, il demeure la troisième puissance économique du monde.

La sacralisation de la diversité est quand même surprenante car elle repose sur un paradoxe : à moins d’imaginer une arrivée ininterrompue d’immigrants, une population diverse, hors le maintien de quelques reliques folkloriques, devrait au cours des générations se fondre dans un grand melting-pot si son vivre-ensemble est harmonieux, ce qui ferait à terme disparaître sa « diversité » ; la France et les États-Unis se sont constitués ainsi en se présentant comme des nations universelles, à même d’assimiler n’importe quelle vague migratoire, du moins jusque vers les années 1960. Mais si cette « diversité » se maintient fortement au long cours, la seule explication, c’est que son vivre-ensemble est en fait un vivre-séparé, ce qui est l’aveu d’un échec. Le Liban en est l’exemple emblématique ; il faudrait être fou pour vouloir un tel modèle d’institutionnalisation des différences. L’autre modèle qui pose la diversité comme l’alpha et l’oméga du nouveau monde, c’est cette étrange volonté de Justin Trudeau, le Premier Ministre du Canada, de construire le premier État post-national hors-sol du monde ; un État où toutes les différences culturelles et religieuses seraient sanctuarisées ; une vision fallacieuse puisque le prix à payer évidemment serait la disparition du pays, étant donné que sans certaines valeurs auxquelles tous adhèrent, il n’y a point de ciment pour le maintenir.

La diversité qui préfèrerait le communautarisme plutôt que la pleine adhésion aux valeurs du pays, cette diversité-là n’a jamais été une force quelconque d’aucun pays, c’est en fait un outil de désagrégation du lien commun par la balkanisation culturelle et légale.



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